N° 287
du 03/02/2004
Economie

A Bombay
Le Prix Nobel d’économie 2001, l’Américain Stiglitz plaide
pour une «politique sociale» et épingle la Banque mondiale et le FMI
L’Américain Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie en 2001, a plaidé lors du Forum social mondial de Bombay, en faveur d’une politique de protection sociale, préoccupation ignorée par les «technocrates» des institutions financières. «Un des plus importants aspects de la pauvreté est l’insécurité (économique). Il faut renforcer la protection sociale qui ne figure pas à l’ordre du jour de ceux qui parlent de réformes économiques», a lancé l’ancien économiste en chef de la Banque mondiale, devenu son plus grand pourfendeur.
«Il faut mettre en œuvre un agenda élargi de politiques visant à accroître la protection sociale», qui assurerait notamment la «création d’emplois» et «une croissance qui profite aux exclus», a-t-il ajouté devant des milliers de personnes réunies pour une conférence intitulée «Mondialisation, sécurité économique et sociale». Cette conférence a été l’une des plus courues du FSM. «La protection sociale ne figure pas à l’ordre du jour» des institutions financières internationales, comme le Fonds monétaire international (FMI), a déploré Joseph Stiglitz. «Non seulement (ces institutions) n’ont pas réussi à assurer la croissance mais, en plus, elles ont fait reculer la protection sociale. La politique économique ne peut pas être déléguée aux technocrates des banques centrales ou à ceux des institutions financières internationales», en a-t-il conclu. Les grandes agences «veulent imposer des politiques dont il est devenu évident» qu’elles ne fonctionnent pas, même pas dans une optique néo-libérale, selon le Prix Nobel d’économie, qui avait démissionné en 2000 de son poste d’économiste en chef et de vice-président de la Banque mondiale.

«Nous devons bâtir un système de protection sociale basée sur un Etat fort et non sur la privatisation voulue par la Banque mondiale», a renchéri pour sa part Laura Tavares, économiste militante de la gauche brésilienne. Citant «l’exemple de l’Inde», l’économiste indien de gauche Prabhat Patnaik a expliqué, sous un tonnerre d’applaudissements, que le néo-libéralisme y avait provoqué une hausse du chômage et une diminution des salaires qui a entraîné une baisse du pouvoir d’achat, une mévente des produits alimentaires et, finalement, une crise dans l’agriculture. «On nous a promis emplois et croissance mais rien ne s’est concrétisé», a renchéri Benedito Martinez, syndicaliste mexicain évoquant l’Accord de libre échange d’Amérique du Nord.

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