L’Américain
Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie en
2001, a plaidé lors du Forum social mondial de Bombay, en
faveur d’une politique de protection sociale, préoccupation
ignorée par les «technocrates» des institutions financières.
«Un des plus importants aspects de la pauvreté est l’insécurité
(économique). Il faut renforcer la protection sociale qui ne figure
pas à l’ordre du jour de ceux qui parlent de réformes
économiques», a lancé l’ancien économiste
en chef de la Banque mondiale, devenu son plus grand pourfendeur.
«Il faut mettre en œuvre un agenda élargi de politiques
visant à accroître la protection sociale», qui assurerait
notamment la «création d’emplois» et «une
croissance qui profite aux exclus», a-t-il ajouté devant des
milliers de personnes réunies pour une conférence intitulée
«Mondialisation, sécurité économique et sociale».
Cette conférence a été l’une des plus courues
du FSM. «La protection sociale ne figure pas à l’ordre
du jour» des institutions financières internationales, comme
le Fonds monétaire international (FMI), a déploré
Joseph Stiglitz. «Non seulement (ces institutions) n’ont
pas réussi à assurer la croissance mais, en plus, elles ont
fait reculer la protection sociale. La politique économique ne peut
pas être déléguée aux technocrates des banques
centrales ou à ceux des institutions financières internationales»,
en a-t-il conclu. Les grandes agences «veulent imposer des politiques
dont il est devenu évident» qu’elles ne fonctionnent
pas, même pas dans une optique néo-libérale, selon le
Prix Nobel d’économie, qui avait démissionné
en 2000 de son poste d’économiste en chef et de vice-président
de la Banque mondiale.
«Nous devons bâtir un système de protection sociale basée
sur un Etat fort et non sur la privatisation voulue par la Banque mondiale»,
a renchéri pour sa part Laura Tavares, économiste
militante de la gauche brésilienne. Citant «l’exemple
de l’Inde», l’économiste indien de gauche
Prabhat Patnaik a expliqué, sous un tonnerre d’applaudissements,
que le néo-libéralisme y avait provoqué une hausse
du chômage et une diminution des salaires qui a entraîné
une baisse du pouvoir d’achat, une mévente des produits alimentaires
et, finalement, une crise dans l’agriculture. «On nous a promis
emplois et croissance mais rien ne s’est concrétisé»,
a renchéri Benedito Martinez, syndicaliste mexicain
évoquant l’Accord de libre échange d’Amérique
du Nord. |