N° 287
du 03/02/2004
Economie

Au sommet de Davos
Kofi Annan plaide pour un accord commercial favorable au Sud
Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a réclamé devant le parterre des participants du Forum économique mondial de Davos, un rééquilibrage des échanges commerciaux entre le Nord et le Sud.
«Le monde des affaires a tout intérêt à aider à empêcher le système international de sécurité d’en revenir à la concurrence brutale fondée sur la loi de la jungle», a-t-il déclaré devant le gotha de la finance internationale, réunis comme tous les ans dans la station de ski de Davos, en Suisse.
«En quelques petites années seulement, l’atmosphère ambiante est passée de la croyance dans le caractère presque inévitable de la mondialisation à une vive incertitude concernant la survie même de notre précaire ordre international», a noté le secrétaire général de l’ONU.
Mais il s’est aussi arrêté sur la question du commerce international, engageant les élites financières présentes à Davos à user de leur influence pour convaincre les Etats-Unis et l’Union européenne à lâcher du lest dans certains dossiers comme les subventions agricoles.
«Plus que tout autre chose, nous avons besoin d’un accord sur l’agriculture qui intègre les intérêts des pays pauvres. Nul autre dossier ne menace plus lourdement le commerce international, dont nous bénéficions tous», a-t-il dit.
«Les subventions agricoles faussent les forces du marché. Elles détruisent l’environnement. Et elles empêchent les exportations des pays pauvres vers les marchés internationaux, en les privant de revenus», a-t-il insisté.

Cancun suite ...

Le nouveau cycle de négociations commerciales mené dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) piétine depuis l’échec de la réunion de Cancun, en septembre dernier, échec largement dû à l’opposition entre le Nord et le Sud sur le chapitre des subventions agricoles.
En marge du Forum de Davos, une vingtaine de pays, dont une poignée seulement comme la France étaient représentés par leur ministre du Commerce, se sont réunis pour explorer les possibilités d’un rapprochement des points de vue. Cette réunion avait pour but de remettre sur les rails le cycle de négociations commerciales dit de Doha, lancé par l’OMC en novembre 2001 dans la capitale du Qatar et qui doit se conclure en principe avant la fin 2004. Comme base de discussions, les ministres avaient sur la table une proposition américaine de supprimer les subventions aux exportations agricoles à une date à déterminer. Le représentant américain pour le commerce, Robert Zoellick, en a déjà fait la proposition dans une lettre adressée à ses 145 collègues de l’OMC.
Les 146 pays membres de l’OMC doivent notamment décider avant le milieu de l’année s’ils sont en mesure d’organiser une réunion ministérielle décisive à Hong Kong en décembre 2004.
Le différend ne porte pas sur les seules subventions agricoles, mais aussi sur la réduction de la taxation des produits industriels et sur la libéralisation des services.
Selon la Banque mondiale, une issue positive aux négociations commerciales, que l’OMC espérait initialement conclure d’ici la fin de l’année, apporterait un ballon d’oxygène à une économie mondiale encore apathique.
Evoquant cette réunion informelle de Davos, Supachai Panitchpakdi, directeur général de l’OMC, a estimé qu’ «elle avait servi à souligner le sentiment d’urgence qui est nécessaire pour faire progresser le cycle» des négociations.
«Ce fut un échange de vues utile», a résumé, Carlos Perez del Castillo, ambassadeur d’Uruguay auprès de l’OMC. «Une fois de plus nous avons assisté à la réaffirmation des engagements des uns et des autres à remettre sur les rails ce round de négociations».
«Nous avons aussi constaté une certaine flexibilité sur des sujets comme l’agriculture», a-t-il ajouté, sans donner de détails. L’élimination des subventions agricoles est le point-clé des négociations.
Il a toutefois souligné que «ces belles paroles doivent être traduites en actes» avant la mi-2004 pour que les 146 pays aient une chance de conclure à Hong Kong.
Instigateur de cette réunion informelle, le ministre suisse de l’Economie, Joseph Deiss a reconnu qu’il serait «tout bonnement impossible» de conclure cette année le cycle de négociations lancé en 2001
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