N° 288
du 17/02/2004

Economie

Réfugiés
Un bon indicateur pour les « Népadistes»
Les chefs d’Etat africains qui ont adhéré au NEPAD s’arrachent les cheveux pour trouver des critères rendant leurs pays dignes de capter des investissements privés dans divers projets concourants, a priori, à un réel développement. Ils viennent de mettre sur pied un comité d’évaluation de la «bonne gouvernance» (p. 20).
Il y a d’autres indicateurs que les «Népadistes» ne devraient pas avoir peur d’examiner pour évaluer la stabilité de leurs pays, comme par exemple la situation et le nombre de réfugiés dans leur région. Et pas seulement chaque 20 juin, qui marque la «Journée mondiale des réfugiés», instaurée par les Nations Unies.
Le 8 mars prochain, le Haut commissariat de l’Onu pour les réfugiés (HCR) devrait lancer un vaste projet pour le rapatriement de deux millions de réfugiés dans neuf pays d’Afrique qui sortent de conflits ou de guerres civiles. L’événement est tellement rare qu’il y a de quoi s’en réjouir. Les neuf pays concernés sont l’Angola, la Sierra Leone, le Liberia, le Soudan (Sud), l’Erythrée, la Somalie, le Burundi, le Rwanda et la République démocratique du Congo.
Selon les statistiques du HCR, près de 3,3 millions d’Africains ont été chassés de leur pays par des persécutions ou des conflits et dépendent désormais de l’aide internationale, tandis que 715.000 autres ont été déplacés à l’intérieur de leur propre pays.
Tout en se montrant optimiste, le porte-parole du HCR, Ron Redmond, n’en a pas moins rappelé une récente étude de la Banque mondiale selon laquelle plus de la moitié des processus de paix lancés en Afrique au cours des dernières décennies avaient échoué en moins de cinq ans, par manque d’attention de la part de la communauté internationale.
Les «Népadistes» devraient avoir en mémoire quelques données pour le moins significatives pour qui veut bien mettre en balance stabilité politique et développement.
En voici quelques unes au hasard de l’actualité de ce seul mois de février 2004.
L’Union européenne alloue pratiquement chaque année une aide humanitaire de 15 millions d’euros destinée aux quelque 800.000 réfugiés accueillis en Tanzanie.
Si l’espoir pointe à l’horizon du Sud-Soudan en raison d’un probable accord de paix entre les rebelles de la SPLA et le gouvernement de Khartoum, le ciel est plutôt très, très sombre, du côté de l’Ouest soudanais, où les affrontements entre la rébellion et l’armée ont provoqué le déplacement de plus de 600.000 personnes au Soudan même, sans compter les quelque 100 000 réfugiés qui ont fui au Tchad voisin.
Début février, la Zambie a vu venir un nouvel afflux de réfugiés en provenance de RD Congo, alors que ce pays accueille déjà 50 000 Congolais.
Que dire de la situation dans le nord de l’Ouganda, où la guerre qui oppose depuis 1986 l’armée à la rébellion de l’Armée de résistance du seigneur (LRA), a provoqué le déplacement de plus d’un million de civils ?
Médecins sans frontières (MSF) vient de lancer un programme d’urgence pour cette zone, estimant qu’au moins 33.000 déplacés souffrent du manque de soins et du manque d’eau.
A Gulu, toujours dans le nord de l’Ouganda et toujours selon MSF, chaque nuit quelque 15.000 enfants se réfugient chaque nuit dans des camps pour éviter d’être enlevés par les rebelles de la LRA.

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