N° 217
du 15/11/2000

OUA / UA (Union Africaine)


Le Parlement panafricain
prend forme mais son pouvoir attendra

Le Parlement panafricain (PAP) prend forme, avec l'adoption le10 novembre à Pretoria d'un protocole définissant le profil et les modalités d'une future Assemblée, mais celle-ci sera limitée, au moins pour un avenir prévisible, au rôle de forum consultatif du continent. La constitution d'un PAP est prévue par l'Acte constitutif de l'Union africaine, adopté par le 36ème sommet de l'OUA en juillet à Lomé. 31 Etats sur 53 membres de l'OUA ont à ce jour signé le traité, mais seuls quatre - Mali, Libye, Sénégal et Togo - l'ont ratifié alors qu'une majorité des deux-tiers est requise.
 
Quelque 200 parlementaires de 41 pays d'Afrique ont adopté un texte régissant le fonctionnement d'un futur PAP, dans le cadre du projet d'Union africaine, et qui pourrait tenir sa session inaugurale en 2001 ou début 2002, selon le secrétariat de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA).
Le protocole, adopté à l'unanimité, prévoit une Assemblée ou chacun des 53 états de l'OUA déléguera (élection ou désignation), cinq membres de son propre Parlement, dont au moins une femme. Ces membres devront représenter la diversité des courants politiques dans le Parlement national.
Il confie aux chefs d'Etat de l'OUA de déterminer le site du futur PAP sur la base des candidatures, mais souligne que des sessions pourront se tenir ailleurs à l'invitation d'autres Etats. Deux sessions ordinaires par an sont prévues, d'une durée maximum d'un mois.
Entre autres dispositions, le protocole prévoit pour les parlementaires des remboursements sur frais "mais pas de salaires, car le budget a été une grande préoccupation" des discussions, selon Frene Ginwala, speaker de l'Assemblée nationale sud-africain, qui a co-présidé les débats.
De fait, le budget du PAP doit être issu du budget de l'OUA, d'ores et déjà un problème, étant donné le déficit d'environ 40 millions de dollars dû au retard de cotisation d'Etats-membres, selon des délégués à Pretoria.
 
Le protocole sera soumis au conseil des ministres de l'OUA, puis aux chefs d'Etat pour approbation au sommet de juillet 2001 à Lusaka, avant ratification par les Parlements nationaux, une majorité simple de ceux-ci suffisant, selon Djinnit Saïd, assistant du secrétaire général de l'OUA pour les Affaires politiques.
 
"Je n'ai aucun doute que (le protocole) va créer une certaine dynamique et nous pourrions peut-être voir le Parlement panafricain évoluer avant cinq ans vers un organe législatif, voire avoir franchi ce seuil", a estimé M. Saïd.
"Il n'y a pas de garantie" que le rôle consultatif évoluera en pouvoir législatif, a toutefois reconnu Ginwala. "Mais l'élan a été créé. C'est aux Parlements nationaux de donner le rythme, avec lequel viendront des pouvoirs législatifs".
Pour Saïd, "même le rôle consultatif sera important" puisque le PAP émettra des recommandations en matière de bonne gouvernance, démocratie, droits de l'homme, budgets, etc. Il pourra convoquer en session des officiels d'Etats-membres, mais ne pourra les forcer à comparaître.
 
Il restera aussi un problème de taille pour la crédibilité de ce Parlement : la question des membres issus d'Assemblées nationales non-élues, délégués au PAP par un régime non-démocratique ou après un coup d'Etat.
 
Le projet d'Union, chaudement soutenu par le chef d'Etat libyen Mouammar Kadhafi, a reçu un accueil plus que mitigé de la part d'autre dirigeants africains. Le président kenyan Daniel arap Moi a récemment estimé que le continent n'était pas prêt à franchir cette étape alors même que des conflits armés continuaient de déchirer l'Afrique. L'Afrique du Sud a l'intention de ratifier le traité d'ici la fin février 2001.


Retour au sommaire OUA/UA

Retour au sommaire ARCHIVE
Retour en haut de page