N° 225
du 15/03/2001

OUA / UA (Union Africaine)


Kadhafi force la naissance de l'Union africaine

Le chef de la Révolution libyenne, le colonel Mouammar Kadhafi a réussi le 2 mars à forcer la naissance de l'Union africaine en la faisant adopter "à l'unanimité", mais en contradiction avec les dispositions juridiques, par les Etats membres de l'OUA réunis en sommet extraordinaire à Syrte.
Pour être adoptée, l'Union devait être en effet ratifiée par les Parlements de 36 Etats, soit les deux tiers des 53 pays que compte l'OUA, selon les dispositions arrêtées au dernier sommet de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) à Lomé en juillet 2000.
Mais, selon le secrétaire-général de l'OUA, Salim Ahmed Salim, seuls 31 Etats avaient, à la date du 1er mars, "ratifié ou déclaré leur intention de ratifier le projet d'Union".
Les chefs d'Etats, de gouvernement ou ministres des Affaires étrangères "déclarent solennellement la création de l'Union africaine par la volonté unanime des Etats membres", est-il cependant le communiqué final de la réunion de Syrte, lu par Salim Ahmed Salim, à la clôture du sommet. M. Salim a précisé à ce sujet que les 53 Etats avaient signé l'acte constitutif de l'Union.
Puis le texte ajoute : "Les conditions juridiques de la proclamation de l'Union seront remplies dès le dépôt du 36ème instrument de ratification de l'Acte constitutif de l'Union".
Selon ce texte, la proclamation solennelle de "l'entrée en vigueur" de l'Union sera alors faite à Syrte.
Ce distinguo sémantique entre "naissance" et "entrée en vigueur" est le fruit d'un compromis. Deux courants s'affrontaient. Le colonel Kadhafi, qui organisait pour la deuxième fois le sommet à Syrte après avoir surpris les Africains en annonçant son projet au cours d'un premier sommet en septembre 1999 dans la même ville, voulait faire déclarer l'Union dès le 2 mars.
D'autres, légalistes et plutôt réticents à l'Union, dont l'Egypte, le Nigeria et l'Afrique du Sud, estimaient qu'il ne fallait pas commencer l'Union en violant les dispositions prises à Lomé.
"Les Etats-Unis d'Afrique sont nés", avait cru bon de déclarer le ministre togolais des Affaires étrangères, Kofi Panou.
Son homologue égyptien, Amr Moussa, a, lui, été plus nuancé: "l'Union est lancée, mais pour des raisons juridiques elle sera établie après la ratification par 36 pays".
Certains pays, la Namibie et le Zimbabwe, ont annoncé au cours du sommet leur ratification. L'Algérie a affirmé son intention de ratifier l'Acte constitutif "dans quelques jours".
De pays pauvres très lourdement endettés (Burundi, Liberia, Sierra Leone, Somalie) ont aussi annoncé leur ratification.
Le colonel Mouammar Kadhafi, qui ne ménage pas ses efforts financiers par différentes "aides" aux pays africains, en épongeant notamment leurs arriérés de cotisations à l'OUA, ce qui leur a permis de garder un précieux droit de vote, a donc réussi à arracher la naissance de l'Union dans le fastueux Palais des Congrès de Syrte.
A la date du 13 mars, seulement 25 Etats membres de l'OUA sur 53 avait déposé l'instrument de ratification de l'Union africaine.
Le Lesotho a déposé le 12 mars l'instrument de ratification de l'acte constitutif. Ce pays avait été précédé trois jours plus tôt par l'Ethiopie, qui doit abriter le futur siège de l'Union africaine.


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