- Le chef de la
Révolution libyenne, le colonel Mouammar
Kadhafi a réussi le 2 mars à forcer la
naissance de l'Union africaine en la faisant adopter
"à l'unanimité", mais en
contradiction avec les dispositions juridiques, par les
Etats membres de l'OUA réunis en sommet
extraordinaire à Syrte.
- Pour être adoptée, l'Union devait
être en effet ratifiée par les Parlements de
36 Etats, soit les deux tiers des 53 pays que compte
l'OUA, selon les dispositions arrêtées au
dernier sommet de l'Organisation de l'unité
africaine (OUA) à Lomé en juillet 2000.
- Mais, selon le
secrétaire-général de l'OUA,
Salim Ahmed Salim, seuls 31 Etats avaient,
à la date du 1er mars, "ratifié ou
déclaré leur intention de ratifier le
projet d'Union".
- Les chefs d'Etats, de gouvernement ou ministres des
Affaires étrangères "déclarent
solennellement la création de l'Union africaine
par la volonté unanime des Etats membres", est-il
cependant le communiqué final de la réunion
de Syrte, lu par Salim Ahmed Salim, à la
clôture du sommet. M. Salim a précisé
à ce sujet que les 53 Etats avaient signé
l'acte constitutif de l'Union.
- Puis le texte ajoute : "Les conditions juridiques de
la proclamation de l'Union seront remplies dès le
dépôt du 36ème instrument de
ratification de l'Acte constitutif de l'Union".
- Selon ce texte, la proclamation solennelle de
"l'entrée en vigueur" de l'Union sera alors faite
à Syrte.
- Ce distinguo sémantique entre "naissance" et
"entrée en vigueur" est le fruit d'un compromis.
Deux courants s'affrontaient. Le colonel Kadhafi, qui
organisait pour la deuxième fois le sommet
à Syrte après avoir surpris les Africains
en annonçant son projet au cours d'un premier
sommet en septembre 1999 dans la même ville,
voulait faire déclarer l'Union dès le 2
mars.
- D'autres, légalistes et plutôt
réticents à l'Union, dont l'Egypte, le
Nigeria et l'Afrique du Sud, estimaient qu'il ne fallait
pas commencer l'Union en violant les dispositions prises
à Lomé.
- "Les Etats-Unis d'Afrique sont nés", avait cru
bon de déclarer le ministre togolais des Affaires
étrangères, Kofi Panou.
- Son homologue égyptien, Amr Moussa, a, lui,
été plus nuancé: "l'Union est
lancée, mais pour des raisons juridiques elle sera
établie après la ratification par 36 pays".
- Certains pays, la Namibie et le Zimbabwe, ont
annoncé au cours du sommet leur ratification.
L'Algérie a affirmé son intention de
ratifier l'Acte constitutif "dans quelques jours".
- De pays pauvres très lourdement
endettés (Burundi, Liberia, Sierra Leone, Somalie)
ont aussi annoncé leur ratification.
- Le colonel Mouammar Kadhafi, qui ne ménage pas
ses efforts financiers par différentes "aides" aux
pays africains, en épongeant notamment leurs
arriérés de cotisations à l'OUA, ce
qui leur a permis de garder un précieux droit de
vote, a donc réussi à arracher la naissance
de l'Union dans le fastueux Palais des Congrès de
Syrte.
- A la date du 13 mars, seulement 25 Etats membres de
l'OUA sur 53 avait déposé l'instrument de
ratification de l'Union africaine.
- Le Lesotho a déposé le 12 mars
l'instrument de ratification de l'acte constitutif. Ce
pays avait été précédé
trois jours plus tôt par l'Ethiopie, qui doit
abriter le futur siège de l'Union africaine.
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