N° 232
du 16/07/2001

OUA / UA (Union Africaine)


37ème sommet de l'OUA
Encore beaucoup de travail
avant de rendre opérationnelle l'Union africaine

Le sommet 37 ème de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) qui s'est tenu à Lusaka en Zambie du 9 au 11 juillet, a consacré la transformation de l'OUA en Union africaine (UA) bien qu'il reste encore beaucoup d'incertitudes sur les modalités de fonctionnement de cette nouvelle entité initiée par le dirigeant libyen Mouammar Khadafi.
L'Ivoirien Amara Essy, a été élu secrétaire général de la défunte OUA, pour un mandat d'un an seulement au cours duquel il devra s'atteler à codifier tous les points qui restent en suspens afin que la nouvelle Union africaine devienne véritablement opérationnelle après le prochain sommet des chefs d'Etats africains prévu en juillet 2002 en Afrique du Sud. Les institutions de l'Union africaine sont en partie calquées sur celles de l'Union européenne.
Mouammar Khadafi, qui s'était opposé à l'élection d'Amara Essy, a proposé la création d'une présidence de la future Union africaine qui aura son siège à un endroit précis à partir duquel sera dirigée l'UA. Le siège actuel est à Addis Abeba.
"Notre défi est maintenant d'appliquer les décisions prises concernant l'UA", a déclaré pour sa part le nouveau président en exercice de l'OUA, le président zambien Frederick Chiluba.
Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan ainsi que le président zambien Frederick Chiluba, qui a pris le relais du Togolais Gnassingbe Eyadema à la présidence tournante de l'OUA, ont averti que l'UA risquait d'aller dans le mur si l'Afrique n'arrivait pas à mettre fin aux conflits qui la déchirent.
Des conflits qui ont donné lieu à plusieurs réunions, notamment la convocation par M. Annan d'un "mini-sommet" sur la RD Congo réunissant le président Joseph Kabila et le président rwandais Paul Kagame qui soutient une partie de la rébellion congolaise.
Dans le domaine économique, le sommet de Lusaka a adopté un programme de développement intitulé "Initiative africaine", synthèse de plans initialement séparés, élaborés par le président sud-africain Thabo Mbeki (Programme de renaissance de l'Afrique pour le millénaire - "MAP") et son homologue sénégalais Abdoulaye Wade (plan "Omega"). Le document identifie des "priorités immédiates", sur lesquels des programmes doivent être accélérés d'urgence avec des partenaires de développement, mais aussi avec une implication africaine renforcée: les maladies transmissibles, le VIH-sida, le paludisme et la tuberculose ; les technologies de l'information et de la communication ; la réduction de la dette ; l'accès aux marchés.
L'IA, document stratégique dépourvu à ce stade de chiffrage précis, énumère des dizaines d'objectifs, à court, moyen et long terme, en matière de sécurité, mais aussi de croissance économique, de réduction de l'endettement, de développement humain, d'environnement et d'infrastructures. L'IA préconise "un Comité d'application" composé de chefs d'Etats africains, se réunissant dès juillet, la mise en place de commissions ministérielles pour évaluer besoins et chiffrages par secteurs, et d'une équipe spéciale pour les programmes "prioritaires". Une session spéciale est prévue en septembre sur l'IA en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, puis aura lieu un sommet de chefs d'Etats sur le financement de l'IA, en octobre au Sénégal.
 
Fidèle à ses vielles traditions tiers-mondistes, l'OUA a adopté deux résolutions de soutien aux gouvernements du Zimbabwe et de l'Algérie qui dénoncent les ingérences étrangères dans les affaires intérieures de ces deux pays. Un comité spécial pour s'occuper de la crise des terres au Zimbabwe, qui sera présidé par le Nigeria et qui réunira l'Algérie, le Cameroun, le Kenya, l'Afrique du Sud et la Zambie, devra d'agir en coordination "avec le Zimbabwe, dans tous les forums où la question de la terre est abordée".
Enfin, toujours sur la plan politique, la question du Sahara Occidental a resurgi lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères. Le représentant de la Gambie, soutenu par ceux du Sénégal, du Burkina Faso et de la Guinée équatoriale, a demandé que la question de l'admission du Maroc à l'Union africaine soit inscrite à l'ordre du jour du Conseil des ministres. Une demande à laquelle se sont opposés plusieurs "poids lourds" africains, Algérie, Nigeria et Afrique du Sud. Le Maroc a quitté l'OUA le 12 novembre 1984, le jour même où la République arabe sahraouie démocratique (RASD) avait été admise comme membre à part entière au sein de l'organisation panafricaine.
Le Maroc, par alliés interposés, souhaitait aussi obtenir une résolution de soutien au tout dernier plan du Conseil de sécurité des Nations Unies qui éloigne un peu plus l'option d'un référendum d'autodétermination pour le peuple sahraoui. L'OUA n'a finalement rien dit sur ce plan onusien.
A propos des Comores, le Conseil des ministres des Affaires étrangères a décidé de lever les sanctions contre Anjouan, île séparatiste de l'archipel des Comores. Les sanctions de l'OUA avaient été imposées après la décision unilatérale d'Anjouan prise en août 1997 de se détacher du reste de l'archipel et de proclamer unilatéralement son "indépendance". Le Conseil des ministres s'est prononcé sur la base d'un rapport du secrétaire général sortant de l'OUA, Salim Ahmed Salim, qui soulignait qu'en dépit "de certains revers dans le processus de réconciliation", il existe parallèlement "des signes positifs" prouvant que "les parties comoriennes font de réels efforts pour surmonter et transcender leurs différences".


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