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Articles de la revue afrique-express sur le Sénégal - Année 2002

Afrique-Express N° 242 Mercredi 02 janvier 2002

Léopold Sédar Senghor
L’ancien président sénégalais est décédé en France

Léopold Sédar Senghor est décédé jeudi 20 décembre à son domicile de Verson, en Normandie, dans le nord-ouest de la France, à l’âge de 95 ans.
Poète et homme d’Etat, premier président du Sénégal indépendant qu’il a dirigé pendant vingt ans, M. Senghor vivait en France, avec son épouse Colette, depuis qu’il avait quitté le pouvoir, de son plein gré, le 31 décembre 1980.
Chantre de la négritude et de la culture française, poète, mais aussi redoutable stratège politique, l’homme aura marqué l’histoire de l’Afrique, de son pays le Sénégal, mais aussi des rapports franco-africains.
Officiellement né le 9 octobre 1906 à Joal (sud de Dakar), Léopold Sédar Senghor, membre de l’Académie française depuis 1984, s’était fait l’apôtre de “la civilisation de l’universel”.
Jusqu’à l’âge de 7 ans, il ne parle que le sérère, avant d’apprendre le français à la mission catholique de son village natal.
Catholique, il veut devenir prêtre et fréquente le collège-séminaire de Dakar. Mais le sacerdoce n’est pas sa vocation. Après son baccalauréat de philosophie, il entre au lycée Louis-le-Grand à Paris, où il se lie d’amitié avec le futur président Georges Pompidou et l’Antillais Aimé Césaire, avec lequel il invente la théorie de la “négritude”.
Il devient ensuite le premier agrégé africain (en grammaire) de l’Université de Paris en 1935, puis professeur de français-latin-grec au lycée Descartes de Tours.
Mobilisé en 1939, Senghor est fait prisonnier par les Allemands en juin 1940. Réformé en 1942 pour raison de santé, il reprend ses activités de professeur et participe à la résistance contre le nazisme.
En 1945, il publie son premier recueil de poésies, “Chants d’Ombre”, tout en entamant une carrière politique française.

Député du Sénégal, inscrit au groupe socialiste, il fonde en 1948 le Bloc démocratique sénégalais.
Réélu député en 1951, secrétaire d’Etat dans le cabinet d’Edgar Faure en 1955, puis président de l’assemblée de la fédération du Mali (groupant le Sénégal et l’actuel Mali) en 1959, il devient le premier président de la République du Sénégal à l’indépendance, en 1960.
Senghor, francophile avoué, a rejeté ce qu’il considérait comme une mainmise de l’Union soviétique et de Cuba sur certains pays d’Afrique.
Il s’est aussi fait le défenseur farouche des populations noires d’Afrique de l’Ouest face aux appétits de certains voisins arabes, anciens esclavagistes.
Ecrivain, Léopold Sédar Senghor anime en 1956 le premier congrès international des écrivains et artistes noirs. Devenu chef d’Etat, il continue son œuvre poétique. Il signera aussi plusieurs essais (Liberté, I à V) développant sa pensée politique.
Plusieurs fois, son nom a été cité pour le prix Nobel de littérature.
Président d’honneur du Haut conseil de la francophonie depuis 1991, il a aussi été honoré par de nombreuses universités françaises et étrangères. Il était Grand Croix de la Légion d’Honneur et Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres.
Marié une première fois en 1946 et divorcé neuf ans plus tard, il avait ensuite épousé Colette Hubert, une Française originaire de Normandie, région où il a passé les dernières années de sa vie.

Bibliographie de Senghor

Recueils de poèmes
“Chants d’ombre” (Seuil, 1945)
“Hosties noires” (Seuil, 1948)
“Chants pour Naëtt” (Seghers, 1949)
“Ethiopiques” (Seuil, 1956)
“Nocturnes” (Seuil, 1961)
 “Lettres d’hivernage (Seuil, 1973)
“Elégies majeures” (Seuil, 1979)
Anthologie
“Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française” (PUF, 1948)
Essais
“Liberté I: Négritude et humanisme” (Seuil, 1964)
“Liberté II: Nation et voie africaine du socialisme” (Seuil, 1971)
“Liberté III: Négritude et civilisation de l’universel” (Seuil, 1977)
“Liberté IV: Socialisme et planification” (Seuil,1983)
“Liberté V: le dialogue des cultures” (Seuil 1992)
“La Poésie de l’action: conversations avec Mohamed Aziza” (Stock, 1980)
“Ce que je crois: négritude, francité et civilisation de l’universel” (Grasset, 1988)

Révision du procès de Mamadou Dia 38 ans après

La première audience de la Cour de Cassation du Sénégal pour la révision du procès de l’ancien président du Conseil de gouvernement Mamadou Dia s’est tenue le 18 décembre, 38 ans après sa condamnation à perpétuité pour tentative de coup d’Etat sous le régime de Léopold Sédar Senghor.
L’audience a été suspendue peu après son ouverture, pour permettre aux avocats de Mamadou Dia de prendre connaissance du dossier. Le procès a été renvoyé au 15 janvier.
La réouverture du plus grand procès politique du Sénégal avait été demandée en avril 2000 par le président Abdoulaye Wade, alors tout juste élu, puis confirmée en novembre dernier.
Mamadou Dia, 90 ans, fut président du Conseil de gouvernement de 1960 à 1962 sous le régime parlementaire instauré au Sénégal après l’indépendance.
Avant son arrestation et sa condamnation pour coup d’Etat, il était l’ami du président Senghor, dont il était l’adjoint au sein de l’Union progressiste sénégalaise (parti dominant de l’époque, devenu Parti socialiste par la suite).
Homme intransigeant sur les principes, il s’est toujours défendu d’avoir voulu tenter un coup de force, rappelant qu’à l’époque le parti exerçait une primauté sur l’Etat. “On ne fait pas un coup d’Etat quand on détient le pouvoir”, n’a-t-il cessé de répéter.
Au nom de ce principe, Mamadou Dia avait tenté de s’opposer à l’adoption d’une motion de censure contre son gouvernement par l’Assemblée nationale et fut arrêté en 1962, jugé en 1963 et condamné à perpétuité.
Il restera douze ans en prison à Kédougou, dans l’est du Sénégal, refusant de demander la grâce au président Senghor, qui l’a finalement fait libérer en 1974.
Mamadou Dia, dont les codétenus - quatre de ses ministres - sont aujourd’hui décédés, a affirmé qu’il se “passerait volontiers” de la révision du procès de 1963.
Mamadou Dia s’était déclaré attristé par la maladie de Senghor avec qui, disait-il, il ne peut y “avoir de rupture sur le plan sentimental”, puisqu’ils avaient mené ensemble pendant 17 ans “les mêmes combats” et “partagé les mêmes angoisses”.
Mais sous la pression de ses amis et avocats, Mamadou Dia a finalement accepté la tenue du procès en cassation qui devrait aboutir à sa réhabilitation, le procureur de la république et le principal témoin de l’époque l’ayant blanchi dans de récentes déclarations publiques.
Depuis sa libération, le président Dia, ancien enseignant devenu économiste, partisan d’un socialisme autogestionnaire, a été de tous les combats de l’opposition pour un changement de régime sous Senghor et ensuite sous le président Abdou Diouf.
Malgré son handicap visuel, Mamadou Dia, qui s’est retiré de la vie politique active tout en restant le patriarche d’une petite formation politique, a joué un grand rôle dans le regroupement de l’opposition qui a permis de mettre fin au régime socialiste du président Diouf au profit de Wade.
Juste retour des choses, Abdoulaye Wade, avec qui les relations se sont cependant distendues après son accession au pouvoir, était un des avocats défenseurs de Mamadou Dia lors de son procès en 1963. 

L’abbé Diamacoune n’est pas en odeur de sainteté pour l’Eglise

L’église catholique a, et pour la première fois publiquement, désavoué l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, considéré comme le chef “historique” de la rébellion indépendantiste casamançaise qui sévit depuis 19 ans dans le sud du Sénégal.
“Ce n’est pas sa place”, a déclaré le père Ernest Manga, directeur du Foyer de charité de Sindone, une petite localité d’environ 1.500 âmes où un notable a été tué par des rebelles, une semaine après la tenue, début décembre, d’une conférence épiscopale qui avait rappelé l’abbé Diamacoune à l’ordre.
Selon Mgr Théodore Adrien Sarr, archevêque de Dakar, les évêques en provenance de quatre pays de la région (Cap-Vert, Guinée-Bissau, Mauritanie et Sénégal) ont entendu l’abbé Diamacoune avant de “condamner” son action à la tête d’un mouvement qui prône la lutte armée.
Le père Manga, 50 ans, originaire de Casamance, est encore plus catégorique que les évêques, qui ne se sont pas prononcés sur le fond du problème : l’indépendance de la région revendiquée par le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). “L’indépendance de la Casamance, ce n’est pas viable”, estime sans hésiter le père Manga.
L’abbé Augustin Diamacoune Senghor, 73 ans, avait été arrêté et condamné à cinq ans de prison pour sédition en 1982, puis de nouveau emprisonné pendant près d’un an en 1990. Depuis 1995, il est en résidence surveillée à la Maison des œuvres catholiques de Ziguinchor.
Le MFDC est de plus en plus divisé par des querelles de pouvoir, l’abbé Augustin Diamacoune lui-même étant contesté par une faction qui cherche à l’écarter, après ses prises de positions plutôt ambiguës sur des négociations avec le gouvernement pour un retour à la paix en Casamance. (Cf. Afrique Express 239 et 240)
Suite à cette condamnation par sa hiérarchie religieuse, l’abbé a simplement déclaré qu’il n’attendait de jugement que de Dieu.

Le “Quotidien de la République”, nouveau journal de la présidence

Le Soleil ? ça sert à rien. Je le donnerai aux jeunes.” C’est en ces termes qu’Abdoulaye Wade parlait du quotidien gouvernemental, avant d’être élu à la présidence en mars 2000. L’opposant ironisait alors sur la nécessité de relayer l’information officielle. Si Le Soleil a bien été rénové de fond en combles, la présidence sénégalaise vient de lancer pour “informer sur l’activité du gouvernement”, un bulletin d’informations, “Le Quotidien de la République”.
Imprimé sur quatre pages de papier glacé de format A4, gratuit, ce bulletin “n’est pas un journal d’analyse ni d’expression d’opinions, mais un organe qui se borne à indiquer les faits majeurs qui jalonnent la journée des membres du gouvernement”, a écrit le président Wade dans un éditorial.
“Certes”, dit-il, “notre pays peut se glorifier d’avoir une information plurielle”. “Cependant, l’activité gouvernementale constitue toujours une zone d’ombre”, ajoute le chef de l’Etat, qui avait déjà fait ce reproche aux patrons de la presse sénégalaise reçus récemment à la présidence.
La “petite équipe” du “Quotidien”, basée à la présidence, “reçoit les informations des ministres pour les traiter à la fin de la journée, afin que le lendemain matin le bulletin soit sur la table du destinataire” (ministres, diplomates, presse...), précise le président.
Les “activités du chef de l’Etat”, le pèlerinage à La Mecque du Premier ministre Mme Mame Madior Boye, des accords de pêche, la lutte contre le sida, un prochain sommet régional à Dakar et la future ouverture d’un bureau de l’ONU étaient parmi les sujets abordés par le numéro 00 de ce quotidien.

Afrique-Express N° 243 Vendredi 18 janvier 2002

Wade, démenti sur le terrain en Casamance

Alors que dans ses vœux du nouvel an, le président Abdoulaye Wade avait assuré que des pourparlers de paix avaient été engagés avec les indépendantistes de Casamance, il a été sérieusement contredit par une action du MFDC (Mouvement des forces démocratiques de Casamance) qui s’est payé le luxe de pénétrer à l’intérieur même de la capitale provinciale de la région, Ziguinchor.
Une cinquantaine d’hommes armés ont opéré cette incursion dans le quartier Néma, où ils ont pillé une boutique.
A l’issue d’un accrochage avec les forces de sécurité, un homme du Groupement mobile d’intervention (GMI) a été touché et est décédé à l’hôpital de Ziguinchor.
Selon des responsables du MFDC, ce coup de force a été opéré pour signifier au président Wade, que les négociations auxquelles il faisait allusion étaient nulles et sans objet. Wade a en effet entrepris un “dialogue” avec l’Abbé Diamacoune Senghor, alors que ce dernier a été mis sur la touche lors des dernières assises du MFDC, en août denier à Banjul, en Gambie.
Conséquence de cette incursion dans la nuit du 3 au 4 janvier, l’armée sénégalaise a lancé le 13 janvier “une opération de sécurisation” des quartiers périphériques de Ziguinchor.

Collectivités
L’opposition conteste la composition de “délégations spéciales”

L’opposition a dénoncé la présence de membres du parti au pouvoir dans les “délégations spéciales” nommées par le gouvernement pour administrer les collectivités locales jusqu’aux élections de mai 2002.
Ces délégations, chargées de la gestion provisoire des conseils régionaux, municipaux et ruraux, devaient être composées de personnalités apolitiques, selon les directives du gouvernement.
Mais après la publication de leur composition, l’opposition a contesté certains de ses membres, qu’elle soupçonne ou affirme appartenir au Parti démocratique sénégalais (PDS, au pouvoir) ou à sa mouvance.
Des maires ou présidents de conseils ruraux sortants ont même empêché le déroulement des passations de service avec leurs remplaçants, qui ont commencé.
Devant cette contestation, le ministère de l’Intérieur, responsable des nominations des délégations spéciales, a ordonné une enquête “pour relever éventuellement et rectifier les distorsions”, indique un communiqué.
De son côté, le comité directeur du PDS a conseillé à ses militants désignés “par inadvertance” dans les délégations spéciales de se retirer.
Les élus locaux des dix Conseils régionaux et des quelque 100 communes et 300 communautés rurales appartiennent en majorité au Parti socialiste (PS, ancien parti au pouvoir).
Leur mandat devait prendre fin avec les élections locales, prévues en novembre, puis reportées en mai. Mais il n’avait pas été prorogé en raison de l’adoption surprise d’un amendement introduit par un député libéral.
L’opposition avait crié au “coup d’Etat constitutionnel” et saisi le Conseil constitutionnel, mais avait été déboutée. (afp)

Création d’un Comité de solidarité sénégalais “avec la lutte du peuple palestinien”

Un "Comité de solidarité avec la lutte du peuple palestinien et pour une paix juste et durable au Proche-Orient” a été créé à Dakar par un groupe de Sénégalais. Le groupe, constitué en “Collectif des forces sociales pour le changement” (FSC), a décidé d’envoyer une “motion de soutien à l’autorité palestinienne” et des “lettres de protestation à Koffi Annan, Ariel Sharon et Georges W. Bush” après “une marche de solidarité” à Dakar.
“ Nous ne sommes pas contre les juifs. Nous ne sommes pas contre l’Etat d’Israël “, mais “son existence ne doit pas se faire au détriment du peuple de Palestine”, a déclaré Malick Ndiaye, coordonnateur du collectif.
L’ambassade de Palestine à Dakar, Walid Ibrahim, s’est dit “réconforté” par une telle initiative.
Le défunt président Senghor a ouvert dès 1973 à Dakar une représentation diplomatique pour l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP), transformée en ambassade en 1980.
Le Sénégal assure depuis 1997 la présidence du comité des droits inaliénables du peuple palestinien créé en 1974 par l’ONU pour promouvoir l’autonomie de la Palestine dans le processus de paix au Moyen-Orient.

Le gouvernement dresse un “bilan d’étape”

Le gouvernement dirigé par Mme Madior Boye depuis le 3 mars 2001 a dressé, en public, un “bilan d’étape”, 18 mois après le changement de régime qui a vu l’arrivée aux affaires du président Abdoulaye Wade. Et - ô surprise - Mme Madior Boye a jugé que ce “bilan est positif”.
Evoquant la création de l’entreprise de transport public, Dakar Dem Dikk (Dakar aller-retour), le recrutement de plus de 5.000 agents dans la fonction publique, l’investissement dans l’agriculture de plus de 80 milliards FCFA (près de 122 millions d’euros), Mme Boye et ses ministres ont estimé “tenues”, la plupart des promesses électorales de Wade.
Malgré cet auto-bilan élogieux, le gouvernement a été interpellé sur la question de la corruption “grandissante” dans le pays, le manque de transparence, les mauvaises campagnes agricoles, et l’abandon à eux mêmes de paysans livrés à la merci de spéculateurs.
Certains, comme Mme Fatou Kiné Ndiaye, chef d’entreprise et membre d’un syndicat patronal, ont dénoncé “le manque de transparence, le népotisme et le clientélisme” dans l’attribution des marchés administratifs.
D’autres intervenants ont évoqué “la crise de confiance” née du manque de transparence dans la gestion du “dossier des audits”. Cette question agite depuis plusieurs mois l’opinion publique avec l’arrestation de chefs d’entreprises restés fidèles à l’ex-parti au pouvoir, le Parti socialiste,  alors que d’autres, ayant fait allégeance à Wade, sont toujours en liberté.
Réponse de Madame la Premier ministre : il est très difficile de lutter contre la corruption car … il est quasi impossible de prendre en flagrant délit et en même temps “le corrupteur et le corrompu”.

Scission de la plus vieille centrale syndicale 

La Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS) a été scindée en deux avec la naissance de la CNTS-Force du changement (CNTS-FC).
La CNTS était la plus ancienne et la plus grande centrale avant cette scission.
Cheikh Diop est le nouveau secrétaire général de la CNTS-FC, qui revendique “31 organisations syndicales de base” sur 65 que comptait la CNTS.
M. Diop, jugé proche du nouveau régime du président Abdoulaye Wade, avait été battu lors du huitième congrès de la CNTS tenu en novembre dernier par Mody Guiro, actuel secrétaire général du syndicat. M. Guiro était soutenu par Madia Diop, secrétaire général sortant et proche du parti socialiste (PS, ex parti au pouvoir).
M. Diop, 49 ans, est le leader du Syndicat des travailleurs du pétrole et des gaz du Sénégal. Militant du Parti démocratique sénégalais (PDS, au pouvoir), il avait été battu en novembre dernier lors du 8e congrès de la CNTS par Mody Guiro.

Régionales, municipales et rurales le 12 mai

Le président Wade a promulgué fin décembre une loi, très vivement critiquée par l’opposition, plaçant les collectivités locales sous la gestion provisoire de fonctionnaires d’ici les élections qui auront lieu le 12 mai 2002.
Prévues en novembre, ces élections ont été reportées à cause du ramadan.

Afrique-Express N° 244 Mercredi 06 février 2002

Mamadou Dia
Nouvelle édition des mémoires de l’ancien président du Conseil sénégalais

Mamadou Dia, 90 ans, qui fut président du conseil des ministres sénégalais de 1960 à 1962, vient de publier une nouvelle édition de ses mémoires, sous le titre “Afrique, le prix de la liberté”. Il reprend et actualise son précédent ouvrage, “Mémoires d’un militant du Tiers Monde”, publié en 1985, en y apportant un contenu plus riche et plus précis.
Le livre retrace les différentes étapes de la vie de l’auteur, notamment la tentative de coup d’Etat du 17 décembre 1962 dont il avait été accusé sous le régime de Léopold Sédar Senghor et sa condamnation à la prison à perpétuité en 1963.
Mamadou Dia, dont la révision du procès pour cette affaire a été annulée le 15 janvier, donne “sa part de vérité” sur ces événements et évoque ses activités politiques depuis sa libération en 1974 après douze ans de prison à Kédougou, dans l’est du Sénégal.
Avant sa condamnation pour coup d’Etat, Mamadou Dia était l’ami du président Senghor, dont il était l’adjoint au sein de l’Union progressiste sénégalaise (parti dominant de l’époque, devenu Parti socialiste par la suite). Depuis sa libération, le président Dia, partisan d’un socialisme autogestionnaire, a été de tous les combats de l’opposition sous Senghor et ensuite sous Abdou Diouf.

Afrique-Express N° 247 Mardi 02 avril 2002

Casamance
Rencontre à Banjul entre le gouvernement sénégalais et des indépendantistes casamançais du MFDC

Des représentants du gouvernement sénégalais et du Mouvement démocratique de Casamance (MFDC, indépendantiste) se sont rencontrés les 26 et 27 mars en Gambie, dans le but de relancer le processus de négociations.
Au moment même où se tenait cette rencontre, une attaque menée par des éléments du MFDC a fait dans la nuit du 26 mars cinq morts et quatre blessés dans la zone touristique de Kafountine, en Casamance. Dans un communiqué, le MFDC note qu’il a “présenté un document contenant des propositions” relatives notamment au processus de négociations, à la désignation des délégations officielles permanentes à la reconduction de la Gambie et de la Guinée-Bissau comme garants (des accords de paix) et à un calendrier de négociations.
Le gouvernement sénégalais a “pris acte” et demandé au MFDC de faire une proposition écrite “concernant la composition de sa délégation officielle”, précise ce même communiqué.
La délégation casamançaise, forte d’une dizaine de personnes, était conduite par Sidy Badji, ancien chef militaire du MFDC, qui conteste à l’abbé Diamacoune son autorité et s’est autoproclamé en novembre dernier secrétaire général du mouvement.
L’abbé Diamacoune n’a pas participé à la réunion de Banjul.
Le Sénégal était représenté à la réunion de Banjul par son ambassadeur en Gambie qui, selon une source autorisée sénégalaise, n’était là qu’en tant qu’observateur. La Guinée-Bissau voisine participait également à la rencontre, comme observateur.

Cinq indépendantistes casamançais présumés accusés, acquittés par la justice

Cinq indépendantistes casamançais présumés, accusés d’”association de malfaiteurs, vol en réunion avec usage d’armes ayant entraîné mort d’hommes”, ont été acquittés le 19/03/2002 par la Cour d’assises de Ziguinchor (sud).
Selon la Cour, il n’y a pas “suffisamment de preuves pour asseoir les chefs d’inculpation” contre Mactar Sané, Lansana Goudiaby, Kadialy Goudiaby, Dembo Diatta et Saloum Goudiaby, qui étaient tous en détention préventive depuis 1997. Les cinq prévenus avaient été arrêtés à la suite de l’attaque, en juillet 1997, du village de Koubanack (75 km au nord-ouest de Ziguinchor, principale ville du sud du Sénégal) et d’une brigade de gendarmerie dans le même secteur.
Les assaillants avaient volé des armes et tué deux personnes avant de s’enfuir.
L’attaque avait été menée par une cinquantaine d’hommes, encagoulés et munis d’armes automatiques, supposés appartenir au MFDC.
Les cinq prévenus, qui ont tous recouvré la liberté, avaient été arrêtés en raison de leur proximité et de leurs liens de parenté avec Ousmane Goudiaby, chef de guerre du MFDC qui écumait la zone à l’époque et qu’ils avaient hébergé pendant 15 jours, deux semaines seulement avant l’attaque contre Koubanack.

Deux syndicalistes interpellés devant le siège du gouvernement

Deux responsables syndicaux sénégalais, Iba Ndiaye Diadji et Waly Ndiaye, respectivement secrétaire général et chargé des revendications du Syndicat unique et démocratique des enseignants du Sénégal (SUDES), qui dirigeaient le 15/03/2002 une manifestation de protestation devant le siège du gouvernement ont été interpellés par les forces de l’ordre et gardés à vue durant quelques heures. Le SUDES, qui accuse le gouvernement du président Abdoulaye Wade de ne pas “tenir ses promesses”, estime que les travailleurs ont été “floués” lors de la récente hausse des salaires décidée par le gouvernement et effective depuis janvier. “Une bonne partie de la hausse est absorbée par le Fonds national de retraite”, a précisé M. Ndiaye, expliquant que le taux de calcul de la retraite avait été ramené “en catimini” de 2 à 1,85 %. Cette mesure défavorise les salariés, selon le SUDES, qui accuse également le gouvernement de “museler” les libertés syndicales.
Face à la multiplication des manifestations de travailleurs ou de groupes de citoyens mécontents, le Premier ministre, Mme Mame Madior Boye, a rappelé les Sénégalais à l’ordre.
“L’Etat ne tolérera plus de comportement caractéristique de voies de fait (et) de troubles à l’ordre public”, a déclaré Mme Boye dans un communiqué diffusé dans la presse.
Le 7 mars, une vingtaine de vigiles qui manifestaient contre leur employeur devant le palais présidentiel avaient été arrêtés et déférés au parquet.

La Bourse du Travail attaquée : trois blessés, des véhicules endommagés

Trois personnes ont souffert de brûlures, deux voitures ont été incendiées et trois autres saccagées le 21/03/2002 lors de l’attaque de la Bourse du Travail par une cinquantaine de personnes qui n’ont pu être identifiées. Les blessés ont été évacués à l’hôpital dans un état grave, selon l’Agence de presse sénégalaise (APS, officielle).
Les assaillants, armés de cocktails molotov, gourdins, coupe-coupe et autres armes blanches, ont fait irruption au siège des centrales syndicales dans l’après-midi et ont mis le feu à plusieurs bureaux. Le ministre de la Fonction publique et du Travail, Yéro Deh, qui s’est rendu sur les lieux, s’est dit “profondément choqué”, comme le Premier ministre Mame Madior Boye qui a critiqué ces “actes criminels inacceptables”.
Cette attaque est “inacceptable”, a déclaré le Secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS), Mody Guiro. La Bourse du Travail est le siège de la CNTS, qui a été scindée en deux en janvier dernier avec la naissance de la CNTS-Force du changement (CNTS-FC), qui a également ses bureaux au même endroit. La CNTS originelle, créée en 1969, était avant cette scission la plus grande centrale syndicale sénégalaise.

Les Industries chimiques du Sénégal (ICS) lancent un emprunt obligataire

La société des Industries chimiques du Sénégal (ICS) a lancé un emprunt obligataire de 10 milliards de FCFA (15 millions d’euros) dans la zone de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). ICS est spécialisée dans la production de phosphate, d’acide phosphorique et d’engrais.
L’emprunt, d’une durée de trois ans et au taux d’intérêt annuel de 7 %, est destiné à compléter la part de l’entreprise dans son plan d’investissement de 165 milliards de FCFA (250 millions de dollars), pour le doublement de sa capacité de production d’acide phosphorique, portée à 660.000 tonnes, et l’exploitation d’un nouveau gisement de phosphate.
Selon ce plan, les ICS doivent autofinancer 50 % de cet investissement sur fonds propres et le reste par emprunt auprès de bailleurs de fonds et d’un groupe de banques locales.
Les ICS ont pour principaux actionnaires l’Etat sénégalais (47,4 % du capital, IFFCO (Indian Farmers Fertilizer Cooperative, Inde, 14,3 %), le gouvernement indien (9,97 %), la SCPA (Société commerciale des potasses et de l’azote, France, 4,8 %), la Côte d’Ivoire, le Nigeria et le Cameroun.
L’entreprise, dont le chiffre d’affaires moyen a été de 167 millions d’euros au cours des quatre dernières années et le bénéfice de 18 millions euros, vend la quasi-totalité de sa production d’acide à la société indienne IFFCO.

L’ancien sénégalais, Ibrahima Fall, nommé représentant spécial de Kofi Annan pour l’Afrique de l’Ouest

Ibrahima Fall, 60 ans, était depuis 1997 sous-secrétaire général du département des Affaires politiques à l’ONU. Il avait été auparavant (de 1992 à 1997), sous-secrétaire général pour les droits de l’Homme et directeur du Centre pour les droits de l’Homme à Genève.
Ancien professeur de droit public et constitutionnel à l’université Cheikh Anta Diop à Dakar, M. Fall avait été ministre de l’Education (1983-1984) et ministre des Affaires étrangères du Sénégal (1984-1990).

Afrique-Express N° 248 Jeudi 18 avril 2002

Un dirigeant du MFDC détenu en Guinée-Bissau

Le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), le mouvement indépendantiste qui mène une rébellion armée au sud du Sénégal, cherche à faire libérer Alexandre Djiba, arrêté en Guinée-Bissau. Alexandre Djiba est l’un des principaux membres de la tendance du MFDC conduite par Sidy Badji, qui conteste l’autorité de l’Abbé Diamacoune Senghor ainsi que du secrétaire général que celui-ci a nommé, Jean-Marie François Biagui.
Alexandre Djiba, qui vit en “exil” à Banjul, était arrivé à Bissau le 8 mars dernier “pour une mission de contact avec les membres du MFDC”, selon ses déclarations à la presse locale, et était entré en contact avec plusieurs combattants du mouvement dont certains circulent librement à Bissau.
M. Djiba a été arrêté le 22 mars par les autorités bissau-guinéennes “au moment où il se rendait à la frontière”, avait indiqué le chef de l’Etat Kumba Yala qui en a profité pour réaffirmer sa détermination à interdire la présence de membres du MFDC dans son pays.
Avant l’arrivée au pouvoir du président Yala, il y a deux ans, la plupart des bases arrières du mouvement rebelle se trouvaient en territoire bissau-guinéen.

Abdoulaye Wade félicite l’armée pour son action en Casamance

Le président Abdoulaye Wade a félicité le 3/04/2002 l’armée sénégalaise pour son rôle en Casamance : “Notre armée nationale accomplit son devoir avec patriotisme, engagement et fermeté en Casamance contre des irrédentistes qui tournent le dos (à) la paix”, a  déclaré le président dans un message à la Nation publié par le Quotidien de la république (édité par la présidence) à la veille de la 42ème fête de l’indépendance du pays, célébrée le 4 avril.

Afrique-Express N° 249 Lundi 06 mai 2002

Sénégal-Zimbabwe
Harare s’en prend à Wade pour ses propos au sujet de la présidentielle

Le gouvernement zimbabwéen a critiqué l’attitude du président sénégalais Abdoulaye Wade, l’un des rares dirigeants africains à avoir jugé que l’élection présidentielle de mars au Zimbabwe n’avait été ni libre ni juste.
Le ministre zimbabwéen des Affaires étrangères Stan Mudenge a rétorqué que le Sénégal, en dépit de l’invitation qui lui avait été adressée, n’avait pas envoyé d’observateurs à la présidentielle du 9 au 11 mars, remportée par le président Robert Mugabe face à son principal adversaire, Morgan Tsvangirai.
Selon M. Mudenge, le Sénégal n’avait pas non plus d’observateurs au sein des missions des organisations africaines invitées, en particulier l’OUA et la CEDEAO.
Dans un entretien début avril au New York Times, M. Wade s’était montré très critique à l’égard de la présidentielle au Zimbabwe.
“M. Mugabe n’a pas respecté les règles. L’opposition n’a pas pu mener campagne. Il y a eu beaucoup de morts. La loi électorale a été changée quelques jours avant l’élection. Nous ne pouvons pas appeler cela une élection”, avait déclaré M. Wade au journal américain. Il avait ajouté: “Je refuse d’appartenir à ce syndicat de présidents (africains). Mugabe ou pas Mugabe ce n’est pas mon problème. Mon problème, c’est ce que le peuple du Zimbabwe souhaite”.
M. Mudenge a par ailleurs accusé l’ancienne puissance coloniale britannique et ses partenaires du G8, d’utiliser le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), dont M. Wade est l’un des “pères”, pour “tenter de retourner la volonté populaire de l’électorat du Zimbabwe qui a démocratiquement réélu le président Mugabe”.

Quinze attaques et 17 morts en deux mois en Casamance
La Raddho demande la reprise du dialogue entre gouvernement et rebelles casamançais

Quinze attaques, qui ont fait 17 morts (14 civils et 3 militaires), ont été enregistrées en Casamance, dans le sud du Sénégal, en deux mois, du 1er mars au 29 avril, selon un bilan publié par la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (Raddho), ONG basée à Dakar.
La Raddho relève que “plusieurs personnes ont aussi été blessées au cours d’attaques de boutiques et que de paisibles passagers de transports en commun ont été dépouillés de leurs biens”. L’ONG a dénoncé “avec la dernière énergie les attaques meurtrières et barbares qui s’abattent principalement sur les populations civiles”. “Ces actes sont des crimes de guerre et leurs auteurs et commanditaires comparaîtront tôt ou tard devant la Cour pénale internationale”, estime-t-elle.
La Raddho demande au gouvernement sénégalais “de veiller à la sécurité des biens et des personnes du sud du pays” et aux “maquisards du MFDC à cesser les attaques contre les civils non armés, qui constituent des crimes de guerre”.
Selon l’ONG, “il est temps pour le gouvernement sénégalais de créer des conditions d’une négociation de paix en Casamance (...). Il est temps de mettre en place un mécanisme permettant d’engager des négociations sérieuses, sincères et crédibles”. “Il est temps pour les maquisards du MFDC de cesser la politique de « la fin justifie les moyens », car on ne peut rien construire de solide sur la base de la barbarie et de la terreur”, a conclu l’organisation de défense des droits de l’Homme.

Arrestation d’un dirigeant syndical après l’attaque de la Bourse du Travail

Cheikh Diop, dirigeant d’un syndicat sénégalais proche du pouvoir, soupçonné d’avoir participé à l’attaque du 21 mars contre la Bourse du Travail de Dakar, qui avait fait un mort et plusieurs blessés, a été arrêté et écroué.
M. Diop, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal - Force du changement (CNTS-FC) est la sixième personne de cette faction dissidente de la CNTS arrêtée après les incidents.
Les dirigeants de la CNTS (originelle) avaient porté plainte contre leurs rivaux de la CNTS-FC, les accusant d’être les commanditaires de l’attaque du 21 mars, menée par une cinquantaine de personnes armées de cocktails molotov, gourdins, coupe-coupe et autres armes blanches.
Avant la dissidence de la CNTS-FC, en janvier, la CNTS, créée en 1969, était la plus grande centrale syndicale sénégalaise. Affiliée au Parti socialiste (ancien parti au pouvoir), elle avait coupé ce lien à l’issue de son dernier congrès, en novembre.
Cheikh Diop, 49 ans, leader du Syndicat des travailleurs du pétrole et des gaz, militant du Parti démocratique sénégalais (PDS, le parti du président Wade), était entré en dissidence et avait créé la CNTS-FC, après sa défaite devant Mody Guiro, élu secrétaire général de la CNTS lors du congrès de novembre.

Le président sénégalais peu regardant pour remettre à neuf l’avion présidentiel

Près de 10 milliards de F.CFA soit près de 15,25 millions d’euros. C’est ce qu’a coûté la remise à neuf de l’avion présidentiel sénégalais, un Boeing 727 dénommé “La pointe de Sangomar”.
L’intérieur de l’avion a été refait, des équipements de distraction ont été installés et l’appareil, qui peut désormais “effectuer 600 km de plus avec la même quantité de carburant, est en phase avec les nouvelles exigences des organismes de contrôle en matière de précision et de sécurité des vols”, s’est réjoui le commandant de bord de La pointe du Sangomar, le colonel Madické Seck.
Les travaux de “modernisation”, effectués à Londres “du 9 juin 2001 au 19 avril 2002”, ont été financés notamment “grâce à l’aide de Taïwan”, selon le président sénégalais Abdoulaye Wade.
Au moment où les Sénégalais apprenaient cette “bonne” nouvelle, les trois cents agents du Centre hospitalier universitaire (CHU) Abass Ndao de Dakar menaient une grève pour réclamer leurs salaires du mois de mars et des arriérés de 2001. En attendant d’obtenir satisfaction, ils pourront toujours regarder dans les airs le “bel” avion du président qui voyage beaucoup.

Afrique-Express N° 250 Vendredi 24 mai 2002

Arrestation de 33 présumés éléments du MFDC en Casamance

L’armée sénégalaise a procédé les 6 et 7 mai à l’arrestation de trente-trois éléments supposés appartenir au Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC, indépendantiste), dans le cadre de son opération de “ratissage renforcé” de la zone de Diouloulou, en Casamance. Ces 33 hommes auraient été interpellés en possession d’armes légères.
D’autres éléments présumés appartenir au MFDC avaient déjà été interpellés par les militaires sénégalais.
L’opération de “ratissage renforcé” a été lancée après une attaque ayant fait 7 morts et 4 blessés, le 29 avril dernier, non loin de Diouloulou, à 85 km au nord-ouest de Ziguinchor. Des hommes armés se réclamant du MFDC avaient attaqué plus d’une dizaine de véhicules à 4 km de Diouloulou.

Abdou Diouf
En piste, pour la francophonie

L’ancien président sénégalais Abdou Diouf, a reçu le soutien de l’actuel président Abdoulaye Wade, pour sa candidature au poste de secrétaire général de la Francophonie. Finesse diplomatique, car pour l’heure Abdou Diouf n’a pas postulé officiellement à ce poste. Un retournement aussi à 180 degré pour Abdoulaye Wade qui, jusqu’à présent, soutenait comme ses pairs africains, l’écrivain congolais Henri Lopes, candidat déclaré au poste face au secrétaire général sortant Boutros Boutros-Ghali.
Henri Lopes avait obtenu un vague consensus sur son nom lors du sommet de l’OUA, à Lusaka en 2001.
L’élection du secrétaire général aurait dû avoir lieu fin octobre 2001 lors d’un sommet de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) prévu à Beyrouth. Mais à cause des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, ce sommet avait été reporté. Il est maintenant programmé du 18 au 20 octobre dans la capitale libanaise.

Afrique-Express N° 251 Mardi 18 juin 2002

Elections locales
Avertissement au pouvoir et remontée de l’opposition

Laminée aux législatives d’avril 2001, après l’alternance au sommet du pouvoir en mars 2000, la nouvelle opposition sénégalaise a partiellement remonté son handicap aux élections régionales, municipales et rurales du 12 mai, sans toutefois ébranler la toute-puissance de la coalition au pouvoir.
Selon les données partielles, la “Cap 21”, coalition de partis de la mouvance présidentielle, a gagné ces élections dans neuf des onze régions du pays, ainsi que dans les principales villes, mais elle les a perdues dans plusieurs métropoles rurales au profit de l’opposition, regroupée au sein du Cadre permanent de Concertation (CPC).
Au décompte final, il est certain que la Cap 21 remportera la plus grande partie des 441 communautés rurales, municipalités, communes et conseils régionaux en compétition.
Mais l’opposition aura réussi à marquer des points et à éviter la monopolisation totale des pouvoirs, de la base au sommet, par les partisans du régime du président (libéral) Abdoulaye Wade.
Ce résultat, l’opposition le doit d’abord à son regroupement pour présenter une liste commune de candidature.
Le CPC réunit notamment, dans une structure non formelle, le Parti socialiste (ancienne formation au pouvoir) et ses deux dissidents: l’Union pour le renouveau démocratique (URD) de Djibo Ka et l’Alliance des forces de progrès (AFP) de Moustapha Niasse (ancien Premier ministre du président Wade, qu’il avait soutenu au deuxième tour de la présidentielle de 2000 au détriment du socialiste Abdou Diouf).
Outre cette unité, les opposants ont largement bénéficié du vote du monde rural, qui semble avoir voulu sanctionner le gouvernement après deux campagnes arachidières.
La commercialisation de l’arachide, principale source de revenu des paysans sénégalais, a connu de nombreux ratés, qui n’ont pas permis aux agriculteurs d’écouler leur production à cause d’une mauvaise organisation, d’un manque de financement et d’une privatisation mal maîtrisée. Résultat: plus de la moitié du million de tonnes produit n’a pu être commercialisée.
L’opposition a exploité à fond cette situation, ainsi que tous les retards enregistrés par le nouveau régime dans la satisfaction de la “demande sociale” (lutte contre le chômage, contre la pauvreté et la corruption, éducation, santé...).
Elle a enfin profité de la dissidence de certains partisans de la Cap 21, mécontents de n’avoir pas été investis.
La perte par la Cap 21 de plusieurs départements ruraux et une baisse sensible de ses scores dans les centres urbains, où elle avait largement gagné il y a un an, sont perçues par la presse comme “un avertissement” au nouveau régime, voire “un désaveu” ou “une sanction” de ses actions depuis son installation au pouvoir.

Le Rassemblement des écologistes du Sénégal (RES, les “Verts”) a gagné une cinquantaine de sièges d’élus locaux lors du scrutin du 12 mai dernier, dans plusieurs localités et notamment à Gorée et Ngor, deux îles au large de Dakar où il arrive en tête. Les mairies de ces deux îles devraient donc être dirigées par des “Verts”, ce qui constitue une première au Sénégal. El hadji Mamadou Kane, tête de la liste, a remporté le scrutin dans la petite île de Ngor avec 21 conseillers sur 30.
Selon Ousmane Sow Huchard, leader du RES, son parti va continuer à soutenir l’émergence de mouvements citoyens dans l’ensemble du pays.

Démission du président de l’Assemblée nationale

Le président de l’Assemblée nationale sénégalaise, Youssou Diagne, a présenté le 12 juin sa démission au président Abdoulaye Wade. M. Diagne, qui a également décidé d’abandonner son mandat de député, est membre du Parti démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Wade. Ce faisant, il devance les critiques consécutives aux élections locales. Si la coalition de la mouvance présidentielle (CAP 21) a emporté ces élections dans la région de Dakar elle est battue notamment dans la commune de Mbour, dans la région de Thiès (centre du Sénégal), d’où est originaire Youssou Diagne.
Le président de l’Assemblée avait “tenu à l’endroit des populations” de ces localités “des propos discourtois, voire insultants (...) pendant la campagne électorale et après sa défaite”, a rappelé le quotidien privé Walfadjri.
Youssou Diagne, qui aura 64 ans en août prochain, avait été élu président de l’Assemblée en mai 2001, après les législatives anticipées du 29 avril de la même année.

Un Conseil de la République institué

Le président Abdoulaye Wade a annoncé l’institution au Sénégal d’un Conseil de la République, dont la création était envisagée depuis mars 2001 pour remplacer le Sénat et le Conseil économique et social.
Le projet de loi instituant ce Conseil a été adopté en Conseil des ministres, et un projet de décret fixant le nombre de Conseillers de la République “élus dans chaque région” a été adopté. Ce Conseil serait composé de 60 membres choisis pour un mandat de 5 ans “au sein des corps de métiers, des retraités, représentant les régions et départements, les ethnies et les langues ainsi que les confessions religieuses”.
Le Sénat et le Conseil économique et social avaient été supprimés à l’issue du référendum du 7 janvier 2001.

Casamance
L’armée lance une nouvelle opération de ratissage

Deux rebelles ont été tués et sept ont été faits prisonniers lors d’une opération de ratissage menée depuis le 7 juin par l’armée sénégalaise dans le sud de Ziguinchor, principale ville de Casamance (sud du Sénégal).
Les troupes sénégalaises sont en mouvement vers le sud de la ville, non loin de la frontière avec la Guinée-Bissau.
Selon les services de sécurité, les sept personnes arrêtées l’ont été à Sao Domingo, ville frontalière bissau-guinéenne et de nombreux rebelles se sont repliés en Guinée-Bissau.
Au cours d’une précédente opération début mai, trente-trois membres présumés appartenir au Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC, indépendantiste) ont été arrêtés.

Bavure militaire ?

Cinq des six personnes tuées dans la nuit du 27 mai en Casamance pourraient avoir été victimes d’une bavure militaire, selon des villageois, alors que selon l’Agence de presse sénégalaise (APS, officielle), ces victimes ont toutes été tuées par des rebelles.
“Sans être formel, il se pourrait que les cinq autres victimes soient du fait de l’armée”, a déclaré à la radio locale Sud FM Arcele Badiane, chef du village de Koubalang, dont sont originaires les cinq morts.
Parmi ces cinq personnes, trois avaient semble-t-il quitté Koubalang, à 14 km au nord-est de Ziguinchor, la principale ville de la région, pour se diriger vers le village de Coubanao, distant d’environ 6 km, où une attaque rebelle venait d’être signalée.
Les deux autres victimes sont une femme et son enfant, tués dans leur maison dans des circonstances non précisées.
Les forces de sécurité n’ont fourni aucune information sur la mort de ces cinq personnes.

Appel à la levée des poursuites contre le chef rebelle Salif Sadio

La levée des poursuites contre le chef rebelle Salif Sadio pourrait “briser l’impasse” dans les négociations entre le gouvernement et le MFDC, selon un Collectif des cadres casamançais (groupe de facilitateurs) qui a envoyé le 8 avril au président  Wade une lettre émettant cette suggestion.
En mars dernier, selon le ministre de l’Intérieur Mamadou Niang, le gouvernement sénégalais a lancé un mandat d’arrêt international contre Salif Sadio, suite à des massacres ayant fait 20 morts, tous des civils, le 16 février et le 2 mars en Casamance.
En même temps, la presse pro-gouvernementale annonçait la mise à prix, pour plus de 140 millions F.CFA (213.000 euros), de la tête du chef rebelle.
“Le dialogue est bloqué par le cas Salif Sadio”, selon un responsable du Collectif, qui souligne que le “maquis s’est raidi du fait des menaces” qui pèsent sur le chef rebelle recherché.

Arrêté en mars, Alexandre Djiba a quitté Bissau pour Dakar

Porte-parole d’une tendance du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC, séparatiste), Alexandre Djiba, arrêté à Bissau le 22 mars dernier, a embarqué le 29 mai à bord d’un avion vers le Sénégal.
M. Djiba, accompagné par des agents de sécurité et du personnel de l’ambassade du Sénégal, est monté à bord d’un avion spécial affrété par les autorités sénégalaises.
Le général Mamadou Niang, ministre sénégalais de l’Intérieur, ainsi qu’un responsable de la Sûreté nationale de Guinée-Bissau et le chef de la mission des Nations unies à Bissau (Unogbis), David Stephen, ont aussi embarqué à bord de l’avion.
Le président de la cour suprême bissau-guinéenne, Antonio Séja Mame, avait annoncé que Djiba serait “expulsé”, “à condition que cela ne nuise pas aux relations entre les deux pays”. Il avait ensuite sollicité le concours de l’Unogbis, pour s’assurer que les droits du prisonnier étaient respectés.
Alexandre Djiba, qui vivait en exil à Banjul, la capitale gambienne, était arrivé à Bissau le 8 mars dernier “pour une mission de contact avec les membres du MFDC”, selon ses déclarations à la presse locale.
Il était entré en contact avec plusieurs combattants du mouvement, avant d’être arrêté le 22 mars par les autorités bissau-guinéennes, “au moment où il se rendait à la frontière”, avait alors indiqué le président bissau-guinéen Kumba Yala, qui avait réaffirmé sa détermination à interdire la présence de membres du MFDC dans son pays.

Détention “illégale” de 48 étrangers à Dakar, selon la RADDHO

La Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (RADDHO), ONG basée à Dakar, a dénoncé le 5 juin la détention de 48 personnes de “diverses nationalités”, dans un commissariat de la capitale. “Le 21 mai 2002, la RADDHO a été saisie de la situation de 48 étrangers de diverses nationalités (camerounaise, nigériane, guinéenne et bissau-guinéenne), détenus illégalement dans une cellule du commissariat central et dans des conditions intolérables”, a affirmé un communiqué de la RADDHO.
“Quatre parmi les détenus auraient fait l’objet de violences et de traitements inhumains et dégradants, occasionnant des blessures graves”, selon la RADDHO “qui dénonce avec vigueur” cette situation et précise avoir été interdite de rencontrer les détenus.
Selon Alioune Tine, secrétaire exécutif de la RADDHO, tous ces gens ont “commis des délits et ont fini de purger leur peine”, mais elles font l’objet “de mesures d’expulsion du territoire sénégalais”. Or, a-t-il expliqué, l’Etat sénégalais n’a pas les moyens financiers de faire appliquer cette dernière décision.

Afrique-Express N° 252 Mardi 02 juillet 2002

Les opérations de “ratissage” de l’armée sénégalaise poussent des milliers de Casamançais à se réfugier en Gambie

Plus de mille Casamançais, fuyant les opérations de “ratissage” de l’armée sénégalaise en Casamance, se sont réfugiés le week-end du 23 juin en Gambie, a rapporté la télévision gambienne. Ces réfugiés ont été regroupés dans des villages gambiens situés le long de la frontière.
L’armée sénégalaise a déclenché “une opération de grande envergure” selon ses propres termes dans le département de Bignona, en Casamance, suite, selon l’armée, “aux exactions récentes de bandes armées rebelles dans le département, mettant en danger la sécurité des populations et de leurs biens”.
Le 29 avril, une attaque avait fait 7 morts et 4 blessés non loin de Diouloulou, dans le département de Bignona.
Le commandant sénégalais de cette zone militaire, le colonel Moktar Gueye, avait demandé aux populations des zones de ratissage de “se dissocier des malfaiteurs et de rester dans leurs maisons afin de faciliter l’action des services de sécurité”.
Au cours d’une précédente opération début mai, trente-trois membres présumés du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC, indépendantiste) avaient été arrêtés.

De leur côté, les autorités de Guinée-Bissau ont annoncé qu’elles allaient renvoyer au Sénégal, 18 éléments présumés du MFDC,  par le biais du Bureau des Nations Unies en Guinée-Bissau (UNOGBIS). L’annonce de cette mesure a été faite par le directeur général de la Sûreté nationale bissau-guinéenne, Domingos Barros, qui a précisé que les dix-huit hommes avaient été arrêtés en mai dernier dans les quartiers périphériques de Bissau “pour implication dans des actions subversives”.
Les 18 “Casamançais” sont actuellement détenus à la prison centrale de la capitale, selon la même source, et huit d’entre eux figurent parmi les 169 personnes soupçonnées d’avoir participé à une tentative de coup d’Etat en décembre 2001 à Bissau, et dont l’amnistie avait été annoncée le 11 juin par le président bissau-guinéen.
“Les Nations Unies se chargeront de faire sortir du pays les Sénégalais de Casamance, car ils n’ont pas de place ici”, avait déclaré Kumba Yala le même jour.
Le président Yala avait menacé, en mars dernier, d’appliquer “des méthodes expéditives” et d’user “d’un droit de poursuite contre les perturbateurs qui menacent la stabilité du Sénégal” à partir de la frontière nord de son pays. “Ceux qui ne veulent pas comprendre le langage du dialogue, entendront celui de la machette”, avait-il ajouté.

Un nouveau président de l’Assemblée du Sénégal

Député du Parti démocratique sénégalais (PDS, au pouvoir), Pape Diop, a été élu le 28 juin nouveau président de l’Assemblée nationale en remplacement de Youssou Diagne, démissionnaire et qui a été nommé ambassadeur du Sénégal à Taïwan.
M. Diop, seul candidat à ce poste, âgé de 48 ans, était premier questeur dans le précédent Bureau de l’Assemblée.
Originaire de Thiès, il est également maire de Dakar, depuis les élections locales du 12 mai dernier.
L’ancien président de l’Assemblée, Youssou Diagne, avait été élu à la tête du Parlement en mai 2001. Il avait déjà annoncé son intention de démissionner “pour ne pas gêner le président (Abdoulaye Wade)” alors qu’il avait été vivement critiqué pour des “propos discourtois, voire insultants (...) pendant la campagne électorale et après sa défaite” aux municipales.

Une écolière de 12 ans meurt … après sa nuit de noces

Une écolière de 12 ans, mariée de force à son cousin, est morte après sa nuit de noces, dans un village du nord du Sénégal, a annoncé la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (RADDHO).
Dieynaba Hamady Sow, originaire de Sinthiou Bamambé (à 450 km de Matam), était tombée “immédiatement malade” après sa nuit de noces, le 26 mai. Elle est décédée cinq jours plus tard, le 31 mai, “suite à des lésions vaginales et une hémorragie entraînant un début de paralysie des membres”, s’est indignée la RADDHO. Dieynaba, dont le mariage avec son cousin avait été célébré “par ses oncles à l’insu de son père vivant en France, et contre la volonté de sa mère”, “n’a pas été transférée à temps” à l’hôpital départemental le plus proche, comme l’avait recommandé un infirmier du village, ajoute le texte.

Le bouillant président sénégalais "figé" au musée Grévin

Le président sénégalais, Abdoulaye Wade, a découvert au musée Grévin à Paris son personnage de cire qui figure parmi 80 nouveaux personnages. Le sculpteur Claus Velte et l’équipe du musée de cire ont pu rencontrer plusieurs fois M. Wade lors de ses passages à Paris, pour réaliser sa statue en cire. Le personnage de M. Wade est habillé par le couturier Pierre Cardin.
Inauguré en 1882, le Musée Grévin de Paris compte environ 350 personnages de cire: personnalités historiques, politiques ou artistes.

Afrique-Express N° 255 Mardi 17 septembre 2002

Diamacoune Senghor et Sidy Badji se rencontrent à l’occasion des “assises” casamançaises

L’abbé Augustin Diamacoune Senghor et Sidy Badji se sont rencontrés le 11 septembre à Ziguinchor, principale ville de la Casamance, en affirmant leur volonté de réaliser l’unité du mouvement indépendantiste.
Une telle unité du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) paraît indispensable à l’ouverture de nouvelles négociations avec le gouvernement sénégalais.
“Les retrouvailles ne doivent pas être seulement orales mais doivent se manifester et se concrétiser sur le terrain”, a déclaré l’abbé Diamacoune, président du MFDC, après avoir rendu visite à Sidy Badji, ancien chef du “maquis”.
L’abbé Diamacoune, considéré comme le chef historique de la rébellion indépendantiste en cours depuis près de vingt ans, a appelé Sidy Badji à venir travailler avec lui à “l’édification de la paix” en Casamance.
Sidy Badji, autoproclamé “secrétaire général” du MFDC, a affirmé qu’il acceptait cette invitation et demandé que soient mises de côté les mésententes du passé. Il a souhaité que le maquis retrouve son unité, comme l’a retrouvée, a-t-il dit, l’aile civile du MFDC.
Les deux hommes et leurs proches ont par ailleurs rencontré à la gouvernance de Ziguinchor le ministre de l’Intérieur, Mamadou Niang, et le président du conseil régional de Dakar, Abdoulaye Faye.
MM. Niang et Faye sont membres d’une commission créée fin août par le président sénégalais Abdoulaye Wade afin de mener avec le MFDC de nouvelles discussions, qui pourraient avoir lieu prochainement en Guinée-Bissau.
En près de vingt ans de conflit, plusieurs accords de paix ont été conclus entre le gouvernement de Dakar et la rébellion, mais n’ont jamais été suivis d’effet.
Le conflit a fait des centaines de morts, provoqué le déplacement de milliers de villageois et ruiné l’économie de la région, dotée d’un fort potentiel touristique et agricole.

La rencontre entre l’abbé Diamacoune et Sidy Badji a eu lieu à l’initiative de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (RADDHO), organisation basée à Dakar, et les organisateurs d’assises “casamanço-casamançaises” en cours depuis le 1er septembre à Ziguinchor.
Au cours de ces assises, qui se déroulent du 1er septembre au 1er octobre, des participants ont reconnu samedi dans une “déclaration” leur appartenance “à la grande et unique concession du Sénégal”.
Ce texte, signé des “socio-cultures” (ethnies) de Casamance, s’éloigne de la revendication indépendantiste de la rébellion en cours depuis près de vingt ans dans la province, relèvent les observateurs à Ziguinchor, principale ville de la région. Toutefois, cette déclaration n’engage que ses auteurs, puisque tous les membres du MFDC ne se sont pas associés à l’organisation de ces “assises casamanço-casamançaises pour la paix définitive en Casamance”.
“Nous, socio-cultures cohabitantes (Baïnounck, Balante, Diakhanté, Diola, Mancagne, Mandiakou, Mandinka, Pepel, Puular, Soninké...), (...) “sommes casamançais, mais aussi avons et gardons l’intime conviction d’appartenir à la grande et unique concession du Sénégal, où notre vieille case en banco (pierres et argile, ndlr) et en toit de chaume (...) demeure cependant si fière de son originale beauté inexpugnable”, est-il écrit dans la “déclaration”.
“Nous invitons le MFDC à se réunifier de toute urgence (...) et, “dans la perspective des toutes prochaines négociations (avec le gouvernement de Dakar), nous adjurons les parties au conflit à un cessez-le-feu immédiat, autant que nous les convions à accélérer les préparatifs pour contribuer à garantir la paix définitive maintenant”, poursuit le texte. 

Opération de sécurisation de l’armée sénégalaise

Sur le terrain, l’armée sénégalaise mène depuis le 10 septembre une opération dite de “sécurisation” de la région de Kolda, qui “vise essentiellement à assurer la sécurité des populations et de leurs biens” selon le Colonel Abdoulaye Diallo, commandant de la zone militaire numéro 6 de Kolda.
Lors d’une  opération menée le 10 septembre, près de la frontière avec la Guinée-Bissau, l’armée a dénombré trois morts chez les rebelles et un blessé dans les rangs des militaires.

Des députés sénégalais et bissau-guinéens partent en lutte contre l’excision

Ces députés, membres du réseau des parlementaires pour la population en Afrique de l’Ouest, se sont réunis dans le village de Kamboua, non loin de la frontière avec la Guinée-Bissau, dans le sud du Sénégal pour sensibiliser les populations à la lutte contre l’excision.
La rencontre de Kolda est une “étape importante” qui doit être le point de départ d’une vaste campagne de sensibilisation à travers la sous-région, a indiqué Momar Lô, président d’un réseau régional de parlementaires. Les mutilations génitales féminines (MGF) touchent environ 20 % de la population féminine au Sénégal, selon des chiffres du plan d’action national pour l’abandon de la pratique des MGF dans le pays pour la période 2000-2005.
Interdite par une loi depuis janvier 1999, cette pratique a pourtant toujours cours au Sénégal.

Michèle Alliot-Marie en Afrique
A Dakar : coopération militaire, forces françaises et … tirailleurs

Coopération militaire, forces françaises en Afrique et anciens combattants sénégalais ont été au menu du séjour à Dakar de Michèle Alliot-Marie, qui a rendu visite aux forces françaises basées à Dakar (les “Forces françaises du Cap-Vert”, FFCV) et a rencontré les autorités sénégalaises, dont le président Abdoulaye Wade.
Selon elle, cette visite ne marquait pas un “changement d’orientation” mais “un renforcement” de la politique de coopération militaire menée par la nouvelle majorité politique en France.
Pour sa part, le ministre sénégalais des Forces armées, Youba Sambou, a souhaité un “renforcement des relations de coopération” militaire entre la France et le Sénégal, en particulier en matière de formation des officiers sénégalais.
M. Sambou a aussi déclaré “apprécier” la présence à Dakar des FFCV, fortes d’environ 1.100 militaires qui, selon lui, constituent “un appoint certain” à la “défense de la sous-région”.
Présence, assistance, transport, évacuations sanitaires, patrouilles maritimes, actions de développement, préparation des militaires sénégalais aux opérations de maintien de la paix, sont quelques-unes des missions des FFCV, qui ont été exposées à Mme Alliot-Marie lors d’une visite sur le terrain, après un survol des installations militaires françaises.

Au sortir de son entrevue avec le président Wade, Mme Alliot-Marie a évoqué la situation des anciens combattants des ex-colonies françaises, qui réclament depuis plus de 40 ans que leurs pensions soient alignées sur celles de leurs compagnons d’armes de la métropole.
Evoquant le “devoir de mémoire” auquel la France ne devait pas se soustraire, elle a affirmé que ce problème de la “décristallisation” des pensions serait réglé “avant la fin de l’année”.
Le secrétaire d’Etat français aux Anciens combattants, Hamlaoui Mékachéra, doit se rendre au Sénégal d’ici la fin de l’année. 

Rappel : c’est sur la requête d’un Sénégalais, l’ancien sergent-chef de l’armée française Amadou Diop (décédé depuis), que le Conseil d’Etat a statué le 30 novembre 2001 qu’un ancien combattant d’un pays de l’ex-Union française avait les mêmes droits qu’un ressortissant français en matière de pension militaire. Mais le ministre français des Finances de l’époque avait jugé exorbitantes les sommes à payer, si l’Etat devait s’exécuter au profit de quelque 85.000 personnes concernées dans les ex-colonies françaises. Selon une estimation du gouvernement du Premier ministre socialiste Lionel Jospin (1997-2002), l’application de cet arrêt coûterait entre 300 et 460 millions d’euros par an, et le rappel des arriérés à 1,5 milliard d’euros.
Une loi datant de 1959 a gelé les pensions et retraites des anciens militaires étrangers engagés dans l’armée française.
Lors d’une audition à l’Assemblée française, en juillet dernier, M. Mékachéra a indiqué que la commission “sur la décristallisation des pensions” a formulé trois propositions: aligner sur le taux en vigueur pour les vétérans français, appliquer la parité de pouvoir d’achat fixé par l’ONU, appliquer les taux de l’ONU assorti d’un “correctif” pour éviter la diminution des pensions pour certains bénéficiaires.
“C’est vers cette troisième solution que le gouvernement s’oriente”, avait alors indiqué le secrétaire d’Etat.

Afrique-Express N° 257 Jeudi 17 octobre 2002

Une demande de "pardon" qui ne fait pas l'unanimité au sein des indépendantistes casamançais

"Le MFDC a pris la mesure de son immense responsabilité par rapport aux souffrances des peuples casamançais et sénégalais, directement ou indirectement induites par la guerre en Casamance. Le MFDC leur demande solennellement pardon", a déclaré le secrétaire général du mouvement, Jean-Marie François Biagui, dans un discours prononcé à la clôture d'assises intercasamançaises, censées préparer le terrain de futures négociations avec Dakar.
Jean-Marie François Biagui s'exprimait lors de ces assises qui se sont tenues pendant le week-end du 6 octobre, au nom de la tendance du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) dirigée par le leader historique du mouvement l'abbé Augustin Diamacoune Senghor.
"Oui, avec regret et sincérité, nous demandons pardon aux peuples casamançais et sénégalais", avait ajouté M. Biagui, indiquant que son mouvement appelait de ses vœux "l'instauration d'une véritable dynamique de paix et de réconciliation en Casamance".

Or, l'autre tendance du Mouvement, dirigée par Sidy Badji, qui se présente comme "secrétaire par intérim du MFDC et chargé des affaires militaires", a fermement rejeté ce discours. Le MFDC "n'a pas de pardon quelconque à demander au Sénégal, car ce n'est pas le MFDC qui a créé la guerre en Casamance, mais bien le Sénégal qui a traversé fleuves et rivières pour venir imposer à la Casamance une guerre", a affirmé Sidy Badji dans un communiqué.
Selon lui, Jean-Marie François Biagui "a trahi la confiance du MFDC et du peuple casamançais. Ses déclarations, faits et gestes n'engagent nullement le MFDC dans son ensemble".
Sidy Badji a par ailleurs qualifié de "cirque" et de "farce inqualifiable" ces assises intercasamançais ouvertes le 1er septembre dernier à Ziguinchor.
Pourtant, en marge de ces assises, M. Badji avait rencontré par deux fois son "frère ennemi", l'abbé Diamacoune Senghor, les 11 et 17 septembre. Les deux hommes avaient alors affirmé leur volonté de réaliser l'unité du mouvement indépendantiste, et appelé à l'ouverture rapide de négociations de paix avec le gouvernement.
Auparavant, le 21 août, ils avaient "lancé un appel solennel au gouvernement pour qu'il prenne toutes les dispositions utiles afin que des négociations justes et sincères s'engagent avec le MFDC en terrain neutre, pour en finir définitivement avec la tragédie casamançaise", avaient-ils écrit dans un texte commun.

Sur le terrain, le conflit continue à faire des victimes. Le 2 octobre, trois civils ont été tués et un blessé en Casamance lors d'une attaque d'un véhicule de transport en commun attribuée à des MFDC.
L'attaque a eu lieu dans le secteur de Bignona, au nord-est de Ziguinchor (principale ville de la région), où des hommes armés ont tenté de stopper un véhicule avec l'intention d'en dévaliser les passagers.
Le conducteur a semble-t-il refusé de s'arrêter. Les malfaiteurs ont tiré, tuant deux occupants du véhicule et en blessant un troisième.
Cette attaque est survenue cinq jours après le naufrage du navire Le Joola, qui a fait un millier de morts pour seulement 64 rescapés.
Le Joola reliait la Casamance à Dakar et était très apprécié des Casamançais, qui le considéraient comme plus sûr que la route pour se rendre dans la capitale sénégalaise.
Le 14 octobre, une dizaine de véhicules ont été attaqués par des hommes armés sur une à 80 km au nord-ouest de Ziguinchor et les passagers dépouillés de tous leurs biens. Cette attaque a eu lieu dans une où des éléments du MFDC avaient tué en mars dernier sept personnes, en pleine campagne électorale.

Afrique-Express N° 259 Vendredi 29 novembre 2002

Abdou Diouf, élu secrétaire général de la francophonie

L’ancien président sénégalais Abdou Diouf a été élu au sommet de Beyrouth, au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Abdou Diouf était le seul candidat restant en lice après le retrait d’Henri Lopès, ambassadeur du Congo-Brazzaville à Paris, soutenu par plusieurs pays d’Afrique centrale.
Il succède à la tête de l’OIF qui regroupe 56 Etats et provinces, au diplomate égyptien Boutros Boutros-Ghali élu au sommet de Hanoi en 1997.
M. Lopès a indiqué qu’il s’était retiré car les procédures d’appel de candidatures et de nomination de secrétaire général de l’OIF n’étaient pas correctes, selon lui. Le président gabonais Omar Bongo a souligné la nécessité de “définir le mode d’élection du secrétaire général” de l’Organisation. Le prochain sommet francophone se tiendra à l’automne 2004 à Ouagadougou au Burkina Faso.
Priorité à l’économie, prudence sur l’élargissement

A peine élu, Abdou Diouf, a insisté sur la nécessité de donner un contenu économique plus fort à l’OIF.
Dans un entretien avec la télévision TV5, il a également souligné qu’il mettrait l’accent pendant son mandat de quatre ans sur l’approfondissement des liens existants entre les Etats membres de la Francophonie plutôt que sur l’élargissement à de nouveaux Etats. Il a défini l’OIF comme “une organisation fondée sur une langue que nous avons en partage, donc une communauté linguistique, mais en même temps une communauté politique qui veut aussi avoir une dimension économique”.
Evoquant ses priorités, il a souligné: “Il faut que je consolide les acquis et que je donne un nouvel élan, non seulement sur le plan linguistique, mais surtout sur le plan économique: nous allons dans deux ans parler des liens entre la Francophonie et le développement durable et solidaire”.
Il s’est montré par contre prudent sur le rythme de l’élargissement de la Francophonie et souhaité que les pays candidats puissent faire la preuve de leur “francité”. “Il ne faut pas accueillir de nouveaux Etats qui n’ont pas de lien avec la langue française”.

Abdou Diouf en bref

Le Sénégalais Abdou Diouf a débuté sa carrière dans l’ombre de Léopold Sédar Senghor, avant d’être lui-même président du Sénégal pendant près de vingt ans et de subir une défaite électorale qui a signé sa retraite politique. Senghor avait été lui-même un des pères fondateurs, à l’aube des années 70, de la francophonie mondiale. En 1981, il a succédé à Senghor lorsque celui-ci a démissionné. Très largement élu président en 1983, il a été réélu en 1988 et 1993. Depuis sa défaite électorale, il n’est revenu que deux fois au Sénégal: pour les obsèques de Senghor, en décembre 2001, puis à la mort de sa mère. Il est resté président du Parti socialiste, mais n’a même pas assisté au dernier congrès “d’opposition” de son parti.
Né le 7 septembre 1935 à Louga (nord) dans une famille modeste, Abdou Diouf, musulman tolérant, attaché à la laïcité de l’Etat, est marié à une catholique. Pour donner davantage de vigueur à la Francophonie, il devra sans doute “forcer” sa nature réservée, comme il l’avait fait lors de sa dernière campagne électorale, contraint à “aller au charbon” au contact des électeurs.

Nouveau Premier ministre : Idrissa Seck succède à Mame Madior Boye

Le président Abdoulaye Wade a mis fin le 4 novembre, sans surprise il est vrai, aux fonctions de la première femme Premier ministre du Sénégal, Mame Madior Boye, en poste depuis mars 2001 et a nommé pour lui succéder un de ses plus fidèles lieutenants, Idrissa Seck. M. Seck, 43 ans, considéré depuis longtemps comme favori à la succession de Mme Boye, était jusqu’à présent ministre d’Etat, directeur de cabinet du chef de l’Etat. Il est aussi le numéro deux du parti du président, le Parti démocratique sénégalais (PDS, libéral).
Depuis plusieurs mois, le changement de chef du gouvernement était devenu le sujet de choix des éditorialistes politiques sénégalais, avant même le naufrage du Joola qui, le 26 septembre, a bouleversé tout le pays.
La catastrophe, qui a fait plus de 1.000 morts -probablement 1.200 selon la commission d’enquête- a peut-être même retardé l’échéance pour Mme Boye, dont le départ était déjà considéré courant septembre comme imminent.
La nomination d’Idrissa Seck était demandée avec insistance par certains membres du PDS, qui réclament aussi “plus de portefeuilles” dans le gouvernement, en jugeant l’équipe sortante par trop dominée par des “technocrates”. Volonté de changement, d’une nouvelle équipe après deux ans et demi de pouvoir, d’un nouveau style ? En se passant de Mme Boye, le président “entame une nouvelle phase de l’évolution du pays”, a précisé le porte-parole du chef de l’Etat.
Magistrate âgée d’une soixantaine d’années, femme de petite taille à lunettes, toujours vêtue de longues tenues traditionnelles et coiffée d’un foulard noué, Mme Boye était devenue en mars 2001 la première femme Premier ministre du Sénégal. Elle succédait alors à Moustapha Niasse, le leader de l’Alliance des forces de progrès (AFP), qui venait de passer une année assez tumultueuse aux côtés d’Abdoulaye Wade, élu en mars 2000 en partie grâce au soutien qu’il lui avait apporté au second tour de la présidentielle.
D’avril 2000 à mars 2001, Mme Boye avait été ministre de la Justice.
Semblant toujours en retrait, laissant le champ totalement libre au président Wade, Mme Boye avait pourtant dû occuper le devant de la scène juste après le naufrage du 26 septembre, puisque le président était absent du pays au moment de la catastrophe. Dans ses premières déclarations, elle avait soutenu que seule la tempête était en cause. Ce que le chef de l’Etat avait démenti dès son retour à Dakar, en admettant la responsabilité de l’Etat et en dénonçant le “cumul de fautes” à l’origine, selon lui, de la catastrophe.
Plusieurs appels à la démission du gouvernement avaient alors été lancés. Mais seuls les ministres des Transports et des Forces armées, directement concernés, avaient quitté le gouvernement, le 1er octobre.

Portrait
Idrissa Seck, l’éminence grise de Wade

A 43 ans et en devenant Premier ministre du Sénégal, Idrissa Seck continue de gravir les échelons du pouvoir dans l’ombre du maître, le président libéral Abdoulaye Wade, dont il est considéré de longue date comme l’éminence grise.
Depuis l’arrivée au pouvoir de M. Wade, en avril 2000, Idrissa Seck était directeur de cabinet du chef de l’Etat, avec rang de ministre d’Etat.
Depuis 1998, il est aussi le numéro deux du Parti démocratique sénégalais (PDS), la formation d’Abdoulaye Wade. A ce titre, il a conduit aux législatives d’avril 2001 la coalition “Sopi” (changement, en wolof) formée autour de la mouvance présidentielle, remportant 89 des 120 sièges à l’Assemblée nationale.
Né le 9 août 1959 à Thiès (70 km à l’est de Dakar), ville dont il est le maire, Idrissa Seck a fréquenté l’école des Hautes études commerciales (HEC) et l’Institut d’études politiques de Paris, ou encore l’université de Princeton, aux Etats-Unis.
Homme d’affaires et consultant en “management”, spécialisé en finance et stratégies de développement, il a opéré dans les années 90 dans le secteur privé tout en continuant à tracer son chemin au PDS, parti qu’il a rejoint dès l’âge de 15 ans.
Les Sénégalais l’avaient “découvert” en 1988, alors qu’il avait 29 ans, quand Abdoulaye Wade avait fait de lui son directeur de campagne pour la présidentielle, perdue face au PS.
Lorsque le président socialiste Abdou Diouf avait élargi son gouvernement à l’opposition, il avait hérité du portefeuille du Commerce, de l’artisanat et de l’industrialisation.
Au fil des ans, il a su peaufiner son image de fidèle parmi les fidèles d’Abdoulaye Wade et, disent ses détracteurs, manœuvrer pour écarter ses adversaires réels ou supposés.
Certains lui reprochent son arrogance, son éloignement de la base du parti, son goût du pouvoir et de l’argent. D’autres l’accusent d’avoir, par ambition aussi, mystifié ses concitoyens par ses connaissances coraniques, remises en question par les érudits.
Idrissa Seck continue cependant de jouir de la confiance du président.
Il aurait notamment joué un rôle de premier plan dans la mise à l’écart du premier Premier ministre d’Abdoulaye Wade, Moustapha Niasse, démissionnaire en mars 2001 après seulement 11 mois à ce poste.
“Ma mission sera de conduire ma nouvelle charge en étant attentif à tous les signes, à toutes les potentialités, à tous les talents du Sénégal qui ont pu produire le triomphe et la joie, mais aussi rester attentif à nous guérir de tous les maux et de toutes les faiblesses, qui ont produit ce drame”, a-t-il déclaré dès sa nomination.

Nouveau gouvernement, sans grands changements

Idrissa Seck a formé le 6/11 son gouvernement, dans lequel sont reconduits la majorité des ministres de l’ancienne équipe.
Cheikh Tidiane Gadio retrouve ainsi son portefeuille des Affaires étrangères, Mamadou Niang celui de l’Intérieur, Abdoulaye Diop celui de l’Economie et des finances, Landing Savané celui de l’Artisanat et de l’industrie, Mme Awa Marie Coll Seck celui de la Santé...
La Défense est confiée à Bécaye Diop, qui était précédemment ministre de l’Enseignement technique, de la formation professionnelle.
Huit femmes figurent dans la nouvelle équipe.
Parmi les nouveaux arrivants figure Youssoupha Ndiaye, ancien footballeur et président du Conseil constitutionnel, qui est nommé ministre des Sports (ministre d’Etat). L’avocat Madické Niang, très proche du président Wade, est nommé ministre de l’Habitat.
Deux personnalités originaires de Casamance (sud) font leur entrée dans le gouvernement (Christian Sina Diatta à la Recherche et Georges Tendeng ministre délégué à la formation professionnelle), ce qui donne une assez forte représentation à cette région, dont sont également originaires Landing Savané et Bécaye Diop.
La Casamance est en proie à une rébellion séparatiste depuis 20 ans et a été très durement touchée par le naufrage du navire Le Joola.
Ce nouveau gouvernement est très nettement dominé par le parti du président et de son Premier ministre, le Parti démocratique sénégalais (PDS, libéral).
Le retour de Serigne Diop (nommé à la Justice) scelle sa réconciliation avec M. Wade, dont il était considéré comme l’un des fils spirituels. A la suite de divergences, M. Diop avait quitté le PDS pour fonder sa propre formation et soutenir l’ex-président socialiste Abdou Diouf, qu’il a servi comme ministre dans plusieurs gouvernements.
La coloration politique du nouveau gouvernement est sensiblement la même que celle de la précédente équipe, avec une représentation de la “société civile” et de deux partis ex-communistes, la Ligue démocratique/Mouvement pour le parti du travail (LD/MPT) et And-jef/Parti africain pour la démocratie et le socialisme (AJ/PADS), qui avaient soutenu M. Wade à la présidentielle de 2000.
Le départ le plus frappant est celui d’Aminata Tall, responsable des femmes du PDS et ancienne ministre du Développement social et de la solidarité nationale. Connue pour ses affinités avec le président Wade, ses relations avec le nouveau Premier ministre sont moins cordiales.

Le gouvernement du Sénégal formé le 6 novembre 2002

Président : Abdoulaye Wade.
Premier ministre : Idrissa Seck,

Ministres d’Etat
Energie, mines et hydraulique : Macky Sall
Industrie et artisanat: Landing Savané
Sports: Youssoupha Ndiaye
Affaires étrangères et Sénégalais de l’extérieur: Cheikh Tidiane Gadio

Ministres
Garde des Sceaux, justice: Serigne Diop
Intérieur: Mamadou Niang
Défense: Bécaye Diop
Economie et finances: Abdoulaye Diop
Infrastructures, équipements et transports: Mamadou Seck
Education: Moustapha Sourang
Environnement et protection de la nature: Modou Diagne Fada
Santé: Awa Marie Coll-Seck
Agriculture et élevage: Habib Sy
Famille et solidarité nationale : Awa Guèye Kébé
Pêche : Pape Diouf
Tourisme: Ousmane Masseck Ndiaye
Habitat : Madické Niang
Fonction publique, travail, emploi et organisations professionnelles. :
Yero Deh
Développement social: Maimouna Sourang Ndir
Culture et communication: Abdou Fall
Relations avec les institutions parlementaires nationales, régionales et de l’Union africaine: Mamadou Diop
Coopération décentralisée et planification régionale: Soukeyna Ndiaye Ba
Recherche scientifique et technologique : Christian Sina Diatta
PME et commerce : Aïcha Agne Pouye
Urbanisme et Aménagement du territoire: Seydou Sy Sall
Entreprenariat féminin et micro-crédit: Saoudatou Ndiaye Seck
Jeunesse: Aliou Sow

Ministres délégués
Budget: Cheikh Hadjibou Soumaré
Collectivités locales: Mme Thiéwo Cissé Doucouré
Formation professionnelle, alphabétisation et langues nationales: Georges Tendeng
Education pré-scolaire et case des tout petits : Ndèye Khady Diop

Pétition en faveur de détenus considérés comme “prisonniers politiques”

Le Cercle des jeunes cadres socialistes (CEJECAS), a annoncé le 24 novembre avoir lancé une pétition pour obtenir de l’Etat du Sénégal la libération d’ex-dirigeants de sociétés publiques arrêtés et qui, selon le CEJECAS, sont des “prisonniers politiques”. Le CEJECAS est un “courant” du Parti socialiste, ex-parti au pouvoir de l’indépendance à avril 2000, aujourd’hui dans l’opposition.
“Nous avons initié cette pétition pour exiger le respect des droits de l’homme et la libération de ces prisonniers politiques”, a déclaré Abdoulaye Wilane, secrétaire exécutif du CEJECAS, après une rencontre la veille entre son mouvement et la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDHO), une ONG basée à Dakar. La RADDHO, sans utiliser le terme de prisonnier politique, avait auparavant demandé la libération de certains de ces responsables dont le maintien en prison est injustifié, selon l’ONG.
Quelques dirigeants de sociétés publiques ont été arrêtés et emprisonnés à la suite d’”audits” commandités par le président Abdoulaye Wade lors de son arrivée au pouvoir.
Mais de plus en plus de voix au sein de la société civile, de la presse et de la classe politique, y compris dans la mouvance présidentielle, s’élèvent pour dénoncer le traitement “partial” des résultats de ces audits.
Il est reproché au nouveau pouvoir de détenir injustement certains de ces anciens dirigeants de sociétés pour leur seule fidélité à l’ex-parti au pouvoir, alors que d’autres, ayant rejoint le nouveau pouvoir, sont en liberté et ne sont pas inquiétés.
Le débat sur cette affaire a été relancé avec la publication dans un journal sénégalais d’une “lettre de prison” d’Abdoul Aziz Tall, ancien patron de la Loterie nationale sénégalaise (LONASE) incarcéré depuis le 20 décembre 2001.
Selon cette lettre, les avocats de M. Tall ont obtenu le 8 mars que la justice lui accorde la liberté provisoire, décision “confirmée” en appel le 23 mai, mais qui reste à ce jour sans suite, le procureur s’étant “pourvu en cassation”, selon M. Tall.

Plainte d’une centrale syndicale contre le gouvernement

La Fédération générale des travailleurs du Sénégal (FGTS) a déposé le 11 novembre, à la représentation du Bureau international du travail (BIT) à Dakar, une plainte “contre le gouvernement sénégalais et le président de la république”, arguant de “discriminations et différences de traitement” entre les différentes organisations syndicales. Sidya Ndiaye, secrétaire général de la FGTS qui regroupe une dizaine de syndicats, reproche au président Abdoulaye Wade, de “ne recevoir que les centrales syndicales favorables à son régime”.
M. Ndiaye affirme avoir demandé à six reprises, au nom de sa centrale, à être reçu par le président, mais sans succès. La centrale, qui se veut “indépendante de tous les partis et de tous les pouvoirs”, se plaint également de la “nomination” à certains postes de responsables syndicaux qu’elle juge “proches du pouvoir” et qui sont “entretenus” avec les moyens de l’Etat.
Il s’agit d’une “ingérence dans les affaires syndicales qui viole les conventions” signées par le Sénégal au plan international, a conclu M. Ndiaye. Le Sénégal compte une quinzaine de centrales syndicales dont certaines avaient ouvertement soutenu le président Wade lors de la dernière présidentielle en 2000.

Nouveau Boeing 737-700 et nouvelles destinations pour Air Sénégal international

La compagnie aérienne Air Sénégal international (ASI) s’est dotée d’un nouveau Boeing 737-700 et va ouvrir de nouvelles liaisons sur l’Europe (Lisbonne, Lyon et Marseille en France), l’Afrique (Lagos et Freetown)  et les Etats-Unis.
La liaison Dakar-Paris passera de 5 vols par semaine depuis le 27 octobre à un vol quotidien à partir du 27 décembre. A partir de janvier 2003, des vols Dakar-Johannesburg et Dakar-New York en partenariat avec la compagnie sud-africaine South-African Airways seront aussi ouverts.
Air Sénégal international, dont le capital s’élève à 7,291 milliards de francs CFA (plus de 11 millions d’euros), est détenue à 51 % par la Royal Air Maroc et à 49 % par l’Etat sénégalais. Elle a été créée en novembre 2000 suite à la privatisation de l’ancienne Air Sénégal.

Création d’un Conseil présidentiel de l’investissement

Le président Abdoulaye Wade a mis en place à Dakar un Conseil présidentiel de l’investissement (CPI) pour “ aller à la conquête du secteur privé “. Ce Conseil, chargé “ de supprimer les obstacles “ qui bloquent l’investissement, se propose “ d’aider le Sénégal à établir des priorités dans son programme de réformes “.
Au lendemain de son arrivée au pouvoir en avril 2000, M. Wade avait créé une Agence pour la promotion de l’investissement privé (APIX), logée à la présidence de la république.
Selon la directrice de cette Agence, Mme Aminata Niane, le CPI ne remplace pas la structure qu’elle dirige mais est un “organe consultatif” composé de 28 membres, dont des investisseurs nationaux et des non-nationaux.

Décès de l'ancien président de l'Assemblée du Sénégal, Amadou Cissé Dia

Amadou Cissé Dia, président de l'Assemblée nationale sénégalaise de 1968 à 1983 (deux législatures) et plusieurs fois ministre sous le régime du premier président sénégalais Léopold Sédar Senghor, est mort le 1er novembre à Dakar.
M. Dia, 87 ans, a été l'un des fondateurs en octobre 1948 du Bloc démocratique sénégalais (BDS), formation politique du président-poète Senghor, ancêtre du Parti socialiste sénégalais (PS).
Médecin de formation, il a été ministre de l'Intérieur, des Forces armées, de la Santé et du Commerce entre 1960 et 1968.
Amadou Cissé, né en 1915 à Saint-Louis (nord), a été inhumé au cimetière dakarois de Yoff.

Afrique-Express N° 260 Jeudi 12 décembre 2002

La croissance en 2002 a souffert de la mauvaise saison agricole

Les prévisions de croissance pour 2002 au Sénégal ont été revues à la baisse, passant de 5 % à 2,4 %, en raison d'une chute de 20,4 % de la production agricole, a indiqué le ministre de l'Economie et des Finances, Abdoulaye Diop
Le ministre prévoit néanmoins "une situation économique et financière globalement satisfaisante" pour 2003, avec "un taux de croissance d'environ 7 %, nonobstant un environnement économique peu favorable au niveau de la sous-région".
Selon lui, la croissance pour 2002 a dû être revue à la baisse en raison d'un nouveau règlement régional relatif au calcul du Produit intérieur brut (PIB), selon lequel la production agricole 2002 doit être rattachée à l'année 2002. Selon le mode de calcul antérieur, la production 2002 aurait été rattachée à l'année 2003.
"Il n'a pas suffisamment plu dans notre pays cette année, aussi, une baisse de 20,4 % de la production agricole est prévue", précise M. Diop. L'arachide, qui a connu une très mauvaise campagne de commercialisation, constitue au Sénégal la principale production agricole.
"Il s'y ajoute qu'il n'y a pas non plus eu de croissance dans le secteur de l'élevage, à cause des ravages occasionnés dans le cheptel par la vague de froid intervenue en janvier dernier", ajoute-t-il.
"Si on avait utilisé l'ancienne méthode (de calcul du PIB), on en serait à 4,9 % de croissance à fin 2002", souligne le ministre de l'Economique, qui annonce en outre que la Société nationale des oléagineux du Sénégal (SONACOS) sera privatisée vers la mi-2003. (afp)

 
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