N° 239
du 20/11/2001

Guinée


Lansana Conté, militaire, paysan,
président depuis 17 ans mais jusqu'à quand?

Le général Lansana Conté, 67 ans, est au pouvoir en Guinée depuis le coup d'Etat militaire du 3 avril 1984 et se définit comme un paysan et un soldat, venu à la politique malgré lui.
Né en 1934 à Moussayah Loumbaya (région de Dubréka, non loin de Conakry), fils de paysans de l'ethnie minoritaire des Soussous, Lansana Conté a été "enfant de troupe" et a suivi ses études en Côte d'Ivoire et au Sénégal.
Incorporé en 1955 et envoyé en Algérie, il quitte l'armée française avec le grade de sergent à l'indépendance de la Guinée, en 1958.
Dans la nouvelle armée guinéenne, il gravit les échelons, devenant capitaine en 1971, puis commandant de la région militaire de Boké (nord-ouest), près de la frontière avec la Guinée-Bissau et le Sénégal.
Il participe alors à la guerre de libération que le parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap Vert (PAIGC) mène contre les Portugais. Officier rigoureux et intègre, il est nommé en 1975 chef d'état-major adjoint de l'armée de terre guinéenne.
Le 3 avril 1984, une semaine après la mort de Sékou Touré, un Comité militaire de redressement national (CMRN) prend le pouvoir et le porte à sa tête. Le colonel Conté devient chef de l'Etat, uniquement parce qu'il occupe le plus haut rang de la hiérarchie militaire.
Alors que la Guinée n'a connu pendant 26 ans qu'un régime à économie centralisée, Lansana Conté, promu général en 1985, opte immédiatement pour le libéralisme économique.
En juillet 1985, il surmonte une tentative de putsch et sera confronté une dizaine d'années plus tard, en février 1996, à un nouveau soulèvement d'une partie de l'armée.
Ces deux coups d'Etat lui ont permis d'évincer la plupart des officiers et sous-officiers d'ethnies malinke.
En 1992, cédant aux pressions de l'opinion guinéenne comme de la communauté internationale, il consent à des réformes politiques et légalise le multipartisme.
Sous ce "nouveau régime", il est élu président de la République en 1993 pour un premier mandat de cinq ans, après avoir fait annuler le vote dans les régions favorables à l'un des ses opposants, Alpha Condé. Il est réélu en décembre 1998, après un scrutins contesté par l'opposition, mais qui avait pleinement "satisfait" l'ambassadeur de France de l'époque, venu féliciter le président de sa victoire, avant même que les résultats ne soient connus.
 
Les amendements constitutionnels soumis au référendum visent à prolonger le mandat présidentiel de cinq à sept ans, à supprimer la limite d'âge pour son titulaire (jusqu'alors fixée à 70 ans) et a permettre un nombre illimité de mandats (pas plus de deux dans la constitution actuellement en vigueur). Autant dire comme l'opposition que se pointe à l'horizon une "présidence à vie".
 
Lansana Conté n'a cure des critiques. Il affirme avoir accepté l'organisation de ce référendum sous la pression de ses amis et de son peuple. Nul n'ignore, y compris dans les ambassades, que cette "opération-référendum" a été orchestrée par le ministère de l'Administration territoriale, qui pendant des semaines, par le biais d'associations et autres comités de soutien au président, a fait "réclamer" par le peuple ces amendements constitutionnels. D'ailleurs, ce n'est pas le Parti de l'Unité et du Progrès (PUP), le parti du président Conté, qui a mené campagne, mais principalement l'administration, aucun temps d'antenne n'ayant été alloué aux partis politiques dans l'audiovisuel public.
Resté militaire et paysan dans l'âme, il se moque d'être taxé d'autoritarisme et de rigidité vis-à-vis de l'opposition.
Malgré de nombreuses pressions, il n'avait libéré l'opposant, Alpha Condé, arrêté après la présidentielle de 1998, qu'en mai dernier, après deux ans et demi de prison pour un motif - atteinte à la sûreté de l'Etat- qui n'avait convaincu aucun observateur.
Parallèlement, en janvier dernier, alors que le sud de la Guinée, frontalier du Liberia et de la Sierra Leone, était en proie à de violents combats, il avait supprimé le poste de ministre de la Défense, prenant lui-même les choses en main. Aujourd'hui, il se targue d'avoir bouté les "rebelles" hors de la Guinée, en oubliant que lui-même a accueilli et accueille encore sans doute, les rebelles libériens, qui tentent de renverser le régime de Charles Taylor.


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