N°259
du 29/11/2002

Afrique du Sud


Un groupe d’extrême droite
revendique les attentats de Soweto

Un groupe d’extrémistes de droite, inconnu jusqu’à présent et s’identifiant comme les “Combattants de la nation Boer”, a revendiqué les attentats à la bombe qui ont fait un mort et un blessé à Soweto, près de Johannesburg, dans la nuit du 29 au 30 octobre. “Nous déclarons que ces attaques sont le commencement de la fin du gouvernement du Congrès national africain (ANC, au pouvoir) et nous acceptons l’entière responsabilité de ces actes”, a déclaré ce groupe dans une lettre publiée le 11/11/02 par le quotidien en afrikaans Beeld. Le groupe revendique aussi la paternité d’un attentat manqué, le même jour, dans un temple bouddhiste proche de la capitale administrative, Pretoria.
Le message, reçu par e-mail et signé d’un écusson noir et rouge avec deux anciens drapeaux vert, rouge, blanc et bleu de la République boer, autour d’une épée et d’un bouclier flanqués du texte “Les combattants de la nation Boer”, est rédigé en afrikaans, la langue dérivée des immigrants néerlandais et des protestants français arrivés dans la région au 17e siècle.
La lettre cite une devise: “Ne rien craindre, être fort, avoir du courage”.
La république Boer, établie par les Afrikaners au milieu du 19e siècle, a été défaite à l’issue d’âpres conflits avec les Britanniques entre 1880 et 1902.
Une porte-parole de la police a indiqué lundi que la lettre de revendication était prise “très au sérieux” et que son authenticité était “en cours de vérification”.
L’organisation a demandé également dans sa lettre la libération de 35 membres de l’extrême droite détenus, dont 18 sont accusés de complot visant à renverser le gouvernement.

Rappel : dans la nuit du 29 au 30 octobre, neuf explosions à la bombe avaient visé, dans le quartier populaire à majorité noire de Soweto, au sud-ouest de Johannesburg, une mosquée et des points névralgiques de communications, tels que des stations ferroviaires, des arrêts de bus et des voies de chemin de fer.
Une femme avait été tuée dans son sommeil par un tronçon de rail projeté par une explosion et son compagnon avait été blessé.
L’attentat manqué contre un temple bouddhiste s’était produit à Bronkhorstspruit, à l’est de Pretoria, où seul le détonateur d’une charge d’explosifs de 10 kilos avait fait feu, blessant légèrement deux personnes. Les bombes de Soweto étaient confectionnées à base de nitrate d’ammonium, une substance à usage industriel utilisée dans l’industrie minière.
La police a publié les photographies de six suspects recherchés pour les explosions de Soweto, tous des hommes blancs, qu’elle a dit appartenir à l’organisation d’extrême droite de mouvance paysanne “Boeremag”.
Ce groupe est accusé de complot contre l’Etat visant à renverser le gouvernement et à “chasser d’Afrique du Sud tous les noirs et les gens de couleur”. L’un des suspects peut avec certitude, sur la base d’empreintes digitales, être directement impliqué dans les explosions, a précisé la police. Les six hommes dont les photos ont été publiées sont trois fermiers de Bela-Bela, à 100 kilomètres au nord de Pretoria, -Herman van Rooyen, 28 ans, Gerhardus Visagie, 63 ans, et Jan Rudolf Gouws, 25 ans- et trois frères, Johan, Kobus et Wilhelm Pretorius, fils d’un médecin de la province du Limpopo (nord) qui avait été arrêté en septembre lors de la saisie d’un camion rempli de munitions et d’explosifs à Lichtenburg, à l’ouest de Pretoria.

L’un des dirigeants de l’organisation Boeremag, arrêté à Pretoria, a comparu en justice et la date de son jugement a été fixée au 19 mai 2003. Thomas Vogel (Tom) Vorster, 52 ans, présumé être l’un des trois dirigeants du mouvement Boeremag, est soupçonné de haute trahison, terrorisme et sabotage, mais il n’a pas encore été formellement inculpé.
Il sera jugé à partir du 19 mai avec 17 membres de l’organisation d’extrême droite déjà arrêtés dans le cadre d’une enquête lancée depuis avril dernier. Un mandat d’arrêt avait été lancé contre Tom Vorster en août dernier.
Sally de beer, porte-parole de la police, n’a pas lié l’arrestation de Vorster aux attentats de Soweto, mais a souligné que “toutes les pistes seront explorées”.
Selon la police Tom Vorster, un ancien membre de l’armée sud-africaine, aurait été élu membre d’un triumvirat à la tête de Boeremag lors d’un meeting clandestin de l’organisation en janvier dernier.

La police saisit armes et explosifs

La police a saisi le 20/11 des armes et des explosifs lors de deux opérations dans le nord-ouest et le sud-est du pays, troisième coup d’importance porté en deux mois à la capacité des réseaux d’extrémistes blancs de droite. 26 engins explosifs artisanaux, semblables à 16 autres saisis début octobre à Modimolle (nord de Pretoria), ont été découverts dans un champ de Keimoes près d’Upington, dans la province du Cap Nord (nord-ouest). Dans une autre opération menée à Umtata (province du Cap oriental), la police a arrêté dans sa ferme un ancien membre des forces de défense, saisissant un petit arsenal comprenant fusils d’assaut R4 et AK 47 et plusieurs centaines de cartouches. Ces saisies de la police, résultat des renseignements sur plusieurs mois d’enquête cumulée depuis la découverte du réseau en début d’année, signalent un coup d’accélérateur des enquêteurs depuis les bombes de Soweto.


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